«On m'a amené un garçon et sa soeur, j'ai ouvert ma porte»

©2006 20 minutes

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« Vous savez, après ce que j'ai vécu pendant la guerre, c'est instinctif, c'est en moi », raconte Christiane, 72 ans. Cette grand-mère, qui vit seule en Seine-Saint-Denis, a caché récemment à plusieurs reprises deux adolescents africains chez elle. « Un jour, on m'a amené un petit garçon et sa soeur, alors j'ai ouvert ma porte. Et puis avec les enfants, le courant passe, j'ai le feeling. »

Christiane se souvient des premières minutes passées en tête à tête avec ces deux jeunes inconnus menacés d'expulsion. « Quand ils sont arrivés, ils étaient désorientés, angoissés. Alors je les ai mis en confiance. Je leur ai mis de la musique, on a dîné ensemble. Il fallait les apprivoiser, et puis petit à petit, j'ai senti à leur regard qu'ils faisaient un break, qu'ils se sentaient en sécurité. De toute façon, ça ne sert à rien d'avoir pitié d'eux, ni de les plaindre. Je suis là pour les rassurer ».

« Ces ados, c'est un peu comme mes petits-enfants, reprend la vieille dame. Il n'y a pas que les liens du sang qui comptent. Et puis j'ai la chance d'avoir une chambre d'amis. Si un voisin me pose des questions, je lui dis que ce sont les neveux d'un ami. Je n'alerte personne autour de moi, parce qu'il faut rester discret. Même les petits n'ont pas le droit de passer un coup de fil à leurs parents. Un fugitif n'appelle pas sa famille. »

Face aux menaces de reconduite à la frontière qui planent au-dessus des têtes de ses protégés, Christiane se dit « très en colère ». « Qu'on soit de gauche ou de droite, peu importe, il faut de l'humanité. On en manque tellement. Si jamais ils étaient expulsés dans leur pays, ce serait une catastrophe pour eux, mais aussi pour moi. Et puis pour la France aussi, parce que tous ces jeunes, c'est du sang neuf ! » Et la guerre, dans tout ça ? « J'avais six ans, et du jour au lendemain, je n'ai plus vu mes copines à côté de moi dans la classe. Notamment celles qui avaient une étoile jaune sur leur veste. Je ne comprenais rien, c'était horrible. Je ne veux pas que d'autres revivent ça. »

L.d.C.

Près de 68 000 personnes ont signé la pétition « Nous les prenons sous notre protection », s'engageant à accueillir ceux qui leur demanderont asile. « Nous ne leur fermerons pas notre porte. Nous ne les dénoncerons pas à la police ».