Jacques Chirac brise le tabou sur Pétain

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Jacques Chirac a rompu hier avec la ligne fixée par ses prédécesseurs en reprochant à Philippe Pétain d'avoir couvert « de sa gloire le déshonneur de la collaboration », lorsqu'il était chef de l'Etat entre 1940 et 1944. Du général de Gaulle à François Mitterrand, les présidents de la République avaient jusque-là gardé le silence sur le vainqueur de Verdun.

La déclaration de Jacques Chirac, faite à Douaumont à l'occasion du 90e anniversaire de la bataille, a immédiatement été saluée par Serge Klarsfeld. Le président de l'association des Fils et filles des déportés juifs de France a salué la « ferme cohérence » de Jacques Chirac sur cette période de l'histoire. Le 16 juillet 1995, tout juste élu président, il avait déclaré qu'avec la rafle du Vel' d'Hiv, où 8 000 Juifs avaient été rassemblés par la police française en vue de leur déportation les 16 et 17 juillet 1942, la France avait commis « l'irréparable ».

Pour Serge Klarsfeld, « Jacques Chirac achève son quinquennat en rompant avec ses prédécesseurs qui n'ont parlé que de l'Etat. (...) Il a eu le courage de dire la vérité et d'en tirer les conséquences. » Depuis 1995, le président français refuse d'honorer la mémoire du maréchal Pétain. Il a pris le contre-pied d'une tradition consistant à fleurir tous les dix ans la tombe de l'ancien chef d'Etat.

Le rôle de Vichy dans le sort réservé aux Juifs a longtemps été occulté par les deux présidents qui occupèrent, jusqu'à Jacques Chirac, le plus longuement leurs fonctions : Charles de Gaulle et François Mitterrand.

interview Jacques Chirac donnera une interview ce soir au JT de France 2, a-t-on appris hier. « Le Président définira les actions qu'il entend conduire avec le gouvernement et la majorité dans les mois qui viennent », a indiqué son entourage. Sur la question d'un remaniement, ses proches ont assuré que « cela n'a jamais été d'actualité et ce n'est pas l'objet de l'émission. Le Président répondra aux interrogations des Français et à moins d'un an de l'élection présidentielle, où l'agitation peut gagner le monde politique, il fixera un certain nombre de repères et rappellera des principes. »