A Loos, les détenus fêtent la zizique en zonzon

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Applaudissements, sifflets, le moment a tout d'un concert traditionnel. Sauf que le public est composé de taulards. Le centre de détention de Loos (Nord) a célébré hier la Fête de la musique avec un jour d'avance. Deux cents détenus se sont massés dans la cour de promenade cernée de barbelés, pour écouter deux groupes régionaux, MAP (Ministère des affaires populaires) et Trad'am. Après une heure de concert, la plupart des prisonniers, jusqu'alors éloignés de la scène, se sont rapprochés, attirés par le rythme. Auparavant, certains ne cachaient pas leur méfiance face au raout organisé par la direction.

« La musique, c'est du vent, c'est une fois par an, et le reste de l'année, c'est une voie sans issue », lâche Saïd. Sur scène, le rap de MAP se donne à fond. Racisme, violence, suicide, les mots dénoncent « la France qui entasse les Arabes et les Noirs comme des rats de laboratoire ». HK, chanteur du groupe, prend son rôle au sérieux. « On essaie d'apporter de l'oxygène à des mecs qui vivent dans un tunnel, détruits par la taule », explique-t-il. Le centre de Loos met en place des ateliers de formation aux métiers de la musique. Yves suit l'un d'entre eux. Hier, avec d'autres détenus, il est monté sur scène pour « montrer qu'on sait faire autre chose que le mal », explique ce grand black qui sort dans six semaines après trois ans de prison. Avec un espoir à la clé puisqu'une fois dehors, il compte « remettre de l'ordre » dans sa vie et se « lancer comme parolier ».

A Loos, Bastien Bonnefous