Villepin met le feu à l'Assemblée

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Au bord de la crise de nerfs. Des incidents d'une violence peu commune ont éclaté hier à l'Assemblée, les députés de l'opposition allant jusqu'à quitter l'Hémicycle en réclamant la démission du Premier ministre. Des parlementaires de l'UDF se sont joints aux protestations, alors que des députés UMP ont ajouté à la confusion en se démarquant du chef du gouvernement.

Il a suffi d'un mot de Dominique de Villepin pour faire sortir de leurs gonds les députés. Celui de « lâcheté ». « Je dénonce la facilité, et je dirai même la lâcheté qu'il y a dans votre attitude », a lancé le Premier ministre, en réponse à une question de François Hollande sur la gestion d'EADS. Des députés de l'opposition, debout, ont crié « Dehors ! Démission ! », en lui indiquant la sortie. François Hollande a aussitôt exigé des « excuses ». Faute de quoi, a-t-il menacé, « la séance de questions au gouvernement ne se déroulera pas normalement ». François Bayrou (UDF) a même appelé à des élections anticipées.

Soutenu par le chef de file des députés UMP, Bernard Accoyer, le Premier ministre a en revanche été lâché par Hervé de Charette (UMP). « Tout cela était inutile, honteux. Un remaniement gouvernemental est indispensable. » Un peu plus tard, cinq députés ont fragilisé un peu plus sa position. Face aux « accidents de gouvernance » et aux « tensions » entre le gouvernement et l'UMP, ils ont réclamé un « nouveau pacte majoritaire ». Cette initiative, ont-ils assuré, est « sans lien » avec l'incident de l'Assemblée. Qui est juste tombé à pic.

Stéphane Colineau

Les incidents impliquant le Premier ministre sont rares à l'Assemblée. L'histoire récente en retient deux. l Le 14 janvier 1998, Lionel Jospin affirme que « si la gauche était pour l'abolition de l'esclavage, on ne peut pas en dire autant de la droite ». Les élus UDF-RPR quittent l'Hémicycle. Six jours plus tard, Lionel Jospin « regrette » son « erreur ». l Le 8 avril 1992, Pierre Bérégovoy, brandit une feuille de papier sur laquelle figurerait une liste de personnalités impliquées dans des affaires de corruption. C'est la bronca. Le soir même, il s'excuse.