« Ils sont venus avec des haches et des matraques »

©2006 20 minutes

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« Il avait un gun quoi ! », s'exclame une jeune bachelière d'un lycée ZEP de Nanterre, en référence au jour où un adolescent est arrivé avec un « gros pistolet » caché dans son sac. « A la pause, il l'a montré à tous ses copains, pour frimer. Mais c'était quelqu'un d'équilibré, alors je ne me suis pas vraiment inquiétée », raconte cette jolie jeune fille. Pourtant scolarisée dans le même établissement, Nadia tombe des nues. « Je n'étais pas au courant, je débarque moi. » En revanche, elle raconte l'agression récente de deux filles du lycée. « Quatre garçons sont venus avec des haches et des matraques, pour les attendre à la sortie. »

Ces scènes ne semblent pas traumatiser ces futures étudiantes. Ni les élèves de quatrième du collège adjacent, qui disent avoir déjà vu des couteaux circuler en cour de récré. « C'est pour se faire respecter », lance l'un d'eux, haut comme trois pommes. Assis sur un banc, des jeunes bacheliers d'Asnières, venus passer des épreuves à Nanterre, expliquent qu'ils « vivent avec » la présence des armes. « On est habitué à ça, et on essaie de s'en éloigner le plus possible », raconte une petite blonde aux yeux bleus. Après les cours, elle fait de la boxe « pour se défouler, mais aussi inconsciemment, pour apprendre à se protéger ». D'autres jeunes filles disent opter plutôt pour la bombe lacrymogène, « discrètement planquée dans le sac à main, au cas où...» « Les lacrymos, c'est la mode », confirme un garçon, la vingtaine, encore lycéen. Originaire de Gennevilliers, il raconte que certains de ses camarades organisent des « rencontres » le mercredi, avec ceux de l'établissement voisin. « C'est comme un match de foot, sauf qu'ils s'échangent des coups de barres de fer ou de couteaux. » Mais à la fac, précise t-il, « ils auront autre chose à faire ».

Laure de Charette