Le récit désolant de David Hotyat

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De l'absurde comme ligne de défense. La cour d'assises de Haute-Savoie est entrée hier dans le vif du sujet, au quatrième jour du procès, à Annecy, de la tuerie du Grand-Bornand. David Hotyat, poursuivi pour l'assassinat des cinq membres de la famille Flactif, a fait pendant de longues heures le récit abracadabrantesque du massacre qui lui est reproché. Il a commencé sa déposition confuse par une phrase lourde de sens : « Je conteste ce qui s'est réellement passé. » Un régal pour les psys.

D'une voix tiède, il a raconté être allé le soir du crime, le 11 avril 2003, chez son voisin et ancien propriétaire, Xavier Flactif, pour régler un différend immobilier. Il s'est rendu au chalet de la victime armé d'un pistolet, glissé dans la poche de son survêtement. David Hotyat n'a pas craint le ridicule en lâchant : « J'y suis allé pour que cela se passe bien, pas mal comme auparavant. » La salle souffle de désolation. David Hotyat explique ensuite avoir rencontré sur le seuil du chalet deux inconnus qui ont agressé Xavier Flactif pour une raison tout aussi inconnue. Hotyat dit avoir été frappé par ces deux « personnes ». Qui lui ont subtilisé son arme pour décimer toute la famille pendant que lui était à terre, sans connaissance... Hotyat, qui ne donne aucune description des individus en invoquant des menaces proférées, aurait enfin été contraint de participer à la crémation des corps dans une forêt voisine. Cette version des faits invraisemblable, qualifiée d'« infantile » par un expert psychiatre, est celle qu'il avait livrée en octobre 2003 au juge d'instruction, un mois après avoir fait des aveux circonstanciés, reconnaissant être l'auteur de la tuerie. Les familles des victimes sont sorties « écoeurées » de l'audience. « Pour moi, il n'est pas humain », a observé Sandra Ortolano, soeur de la compagne de Xavier Flactif. Le verdict est attendu le 30 juin.

A Annecy, Fabrice Arfi

En début d'audience, David Hotyat s'est plaint de ses conditions de détention, expliquant être réveillé toutes les demi-heures par les surveillants.