La Courneuve juge Sarkozy de l'intérieur

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L'association de consommateurs CLCV estime que 62% des organismes HLM ne respectent pas les recommandations du gouvernement sur le montant des hausses de loyer, dans une étude publiée mercredi.
L'association de consommateurs CLCV estime que 62% des organismes HLM ne respectent pas les recommandations du gouvernement sur le montant des hausses de loyer, dans une étude publiée mercredi. — Joël Saget AFP/Archives

Force est de constater que le résultat n'est pas au rendez-vous. » Gilles Poux, le maire PCF de La Courneuve, a dit hier sa « colère » en dressant devant la presse le bilan des actions engagées depuis la venue de Nicolas Sarkozy le 20 juin 2005. Ce dernier avait promis de nettoyer au « Kärcher » la cité des 4000 après le meurtre par une balle perdue du petit Sidi-Ahmed, et de donner un emploi aux jeunes qui le « méritent ». De son côté, le ministre de l'Intérieur a au contraire souligné hier, chiffres à l'appui, « l'ampleur des tâches accomplies au profit des habitants » dans une lettre adressée au maire. Au pied des sinistres barres d'immeubles héritées des années 1970, comme dans le centre-ville, les langues peinent à se délier. Mais des habitants confient que la venue du ministre a changé leur quotidien. Si bien qu'un avant et un après-20 juin se dessinent malgré tout.

La violence a diminué, la présence policière a augmenté

Au détour d'une rue coincée entre deux tours en béton gris bleu, une femme affirme que « par rapport à avant, c'est plus calme, les jeunes font moins de bêtises ». D'autres habitants du quartier disent partager cette impression. Selon le préfet de Seine-Saint-Denis, les faits de délinquance ont baissé de 37,66 % sur la commune au cours des dix premiers mois de 2005, et Nicolas Sarkozy rappelle qu'un commissariat de secteur a ouvert aux 4000 une semaine après sa venue. Selon Diana, employée à la maison des jeunes, « les vols de sac à main et de portables se sont calmés, mais les voyous se font plus discrets, plus souterrains ». Assis sur les marches, Madjid, 54 ans, « approuve » la méthode de Nicolas Sarkozy. « Il fait son boulot en étant derrière les délinquants qui nuisent aux gens honnêtes. » Mais au coeur de la cité, le son de cloche est tout à fait différent. « Ce qui a changé ici ? Les camions de flics n'arrêtent pas de tourner, alors c'est plus tendu », lancent des jeunes, attroupés sur un banc. La présence policière s'est renforcée, confirme un habitué de la cité. « Il y a plus d'affrontements avec la police, plus de CRS blessés aussi », glousse l'un d'eux, casquette vissée de travers sur la tête.

Sur le CV, La Courneuve est un handicap plus lourd

Côté emploi, le maire affirme que le nombre de chômeurs de moins de 25 ans n'a pas diminué entre avril 2005 et avril 2006. Pour la préfecture, 110 jeunes ont trouvé du travail depuis juillet 2005. Et « 164 jeunes ont bénéficié d'actions de formation », précise le ministre de l'Intérieur dans son courrier. Mais au pied de la barre Balzac, dont la démolition est prévue en 2009, les jeunes ont toujours le sentiment qu'« il y a plus de chômeurs que de travailleurs ». Selon Diana, la situation est de plus en plus « chaotique ». « Certains mômes de 10 ans ne vont même plus à l'école, et à 13 ans, ils commencent déjà à fumer du cannabis. » Ses copains rétorquent que « sur un CV, c'est encore pire de dire qu'on vit à La Courneuve » et affirment que « Sarkozy a fait du catalogage ». Ce que confirme le maire, pour qui « le déferlement médiatique a renforcé la stigmatisation de la ville ».

« Les politiques, on ne peut pas les comprendre »

Derrière son comptoir, le vieil épicier du quartier se souvient du passage du ministre. Il l'avait observé, méfiant. « C'était une provocation de venir. Mais de toute façon, c'est aux parents de s'occuper de leurs gosses, pas à l'Etat. » Même méfiance chez les jeunes. « On n'a pas besoin de Sarkozy, et je peux vous dire que cette fois, je vais vraiment aller voter en 2007 contre lui », lance l'un d'eux. De trente ans son aîné, Moudjid est amer. « Les politiques, on ne peut pas les comprendre. Mais bon, on a encore l'espoir qu'un saint homme politique change notre situation. »

Laure de Charette