Gilles Poux: "Sarkozy n'a pas changé grand-chose"

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Le maire PCF de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Gilles Poux, critique jeudi l'"indigence des engagements" de l'Etat, un an après le meurtre de Sidi-Ahmed, qui a marqué au fer rouge sa ville, et dressera lundi le bilan des actions menées par l'Etat, la ville et les habitants.
Le maire PCF de La Courneuve (Seine-Saint-Denis), Gilles Poux, critique jeudi l'"indigence des engagements" de l'Etat, un an après le meurtre de Sidi-Ahmed, qui a marqué au fer rouge sa ville, et dressera lundi le bilan des actions menées par l'Etat, la ville et les habitants. — Jacques Demarthon AFP

3 questions à Gilles Poux, maire PCF de la Courneuve.

Dans quel état d’esprit êtes-vous, un an après la venue tonitruante de Nicolas Sarkozy dans votre ville ?

Je suis un peu amer. Quand Nicolas Sarkozy s’est proposé de nous tendre la main, et de nous aider à résoudre nos problèmes, j’ai dit banco. Les attentes des gens étaient fortes. Or je suis forcé de constater que fondamentalement, il n’a pas changé grand-chose. A part quelques petites mesures qui ont permis à des initiatives de se développer, notamment à l’école, et qui ont mis un peu de beurre dans les épinards de certaines associations et missions locales, la vie quotidienne des habitants n’a pas été bouleversée.

Quel bilan précis pouvez-vous tirer par rapport aux engagements formulés ?

Au regard du mirage qu’il a dispensé en venant, voici les chiffres dont je dispose : les faits de petite délinquance ont augmenté de 11 % entre avril 2005 et avril 2006. Et alors qu’il n’y avait eu que 76 vols avec violence ou à la tire en avril 2005, 122 incidents se sont produits en avril 2006.
Pourtant, à partir de novembre, les CRS ont reçus des renforts et observaient un positionnement statique très intense. Mais le commissariat n’a pas eu ses effectifs revus à la hausse comme prévu. Concernant l’emploi, il y a autant de chômeurs de moins de 25 ans en avril 2005 qu’en avril 2006.
En revanche, il est vrai que l’enveloppe de 150 000 euros allouée par le ministre a permis de développer plusieurs actions prévues dans le cadre du projet ville-vie-vacances. Une partie de cette somme a d’ailleurs permis de financer l’opération « Courneuve-Plage », qui s’est tenue pour la première fois cet été.

Et sentez-vous un changement chez les habitants eux-mêmes ?

Je pense qu’ils ressentent un peu plus de désillusion et d’énervement parce qu’ils y croyaient. En plus, c’est clair que le déferlement médiatique a renforcé la stigmatisation autour des habitants.
En revanche, j’ai remarqué qu’au moment des émeutes en novembre, les habitants ont voulu éviter un nouveau drame semblable à la mort de Sidi-Ahmed. Du coup, il y a eu une vraie mobilisation citoyenne, si bien que les évènements ont plutôt été moins violents qu’ailleurs.

Recueilli par Laure de Charette