Sidi Ahmed, entre enquête et campagne politique

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 2005

19 juin : un enfant de onze ans est mortellement blessé de deux balles, en bas de chez lui, à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), vraisemblablement victime de tirs qui ne lui étaient pas destinés, lors d'un règlement de comptes entre bandes rivales, selon les premiers éléments de l'enquête.
Le garçon, prénommé Sidi Ahmed, se trouvait au pied de la tour qu'il habitait, dans la cité des 4.000, lorsqu'il a été atteint dimanche vers 13H00 par deux balles d'une arme de poing de calibre 9 mm qui n'a pas été retrouvée. Une balle a touché le coeur, l'autre la trachée. Transporté et hospitalisé à l'hôpital Avicenne de Bobigny, l'enfant est décédé vers 16H40.

20 juin : Quatre jeunes hommes âgés de 18 à 22 ans sont activement recherchés par les policiers de Seine-Saint-Denis, au lendemain de la mort de Sidi Ahmed. Venu lundi après-midi dans la cité des 4000, dans la banlieue nord de Paris, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy lâche cette fameuse phrase: "Je vais nettoyer la cité au Karcher".
L'enquête privilégie l'hypothèse d'"une dispute très violente entre quatre personnes issues de deux familles", précise à la presse le procureur de la République de Bobigny, François Molins, sur place. Certains de ces "quatre hommes en cavale" ont déjà été déférés au parquet de Bobigny pour des histoires d'armes, ajoute le magistrat.

21 juin : une "cellule de soutien psychologique" est mise en place dans l'école où était scolarisé Sidi Ahmed Hammache. Cette cellule, activée après la mort du jeune Sidi Ahmed qui était en classe de CM2, comprend un psychologue, un médecin et une infirmière scolaire. Ils interviennent afin de rassurer des élèves après le drame.
A la cité des 4000 débute une vaste opération de police qui se solde par l’interpellation d’une personne dès les premières minutes de l'opération. Elle sera reconnue sans lien avec l’affaire quelques heures plus tard.
Le même jour, Nicolas Sarkozy, déclare que le terme "nettoyer s'appliquait parfaitement" à la cité des 4.000 à la Courneuve.
C’est également le jour du rassemblement à la mémoire de Sidi Ahmed où environ 2.000 personnes, dont de nombreux enfants, lui rendent hommage. La marche silencieuse réunit la famille de la victime, le maire Gilles Poux (PCF) ainsi que des enfants de l'école et des autres établissements de la ville.
Les quatre jeunes hommes recherchés restent introuvables malgré l’opération policière d'envergure menée dans la cité.

22 juin : une information judiciaire pour "homicide volontaire sur mineur de 15 ans" est ouverte à Bobigny.

23 juin : trois des quatre jeunes hommes recherchés, dont l'auteur présumé du tir qui a tué dimanche Sidi Ahmed, sont arrêtés, deux dans un hôtel à Paris et le troisième à la police judiciaire de Bobigny où il s'est rendu. L'un des deux frères interpellés jeudi matin dans un hôtel de la porte de Charenton à Paris est l'auteur présumé du tir qui a tué le petit Sidi Ahmed. Un troisième homme impliqué dans cette affaire, membre d'une fratrie adverse, s'est constitué prisonnier jeudi après-midi à la police judiciaire de Seine-Saint-Denis. Selon la police, ce dernier était armé au moment du drame dimanche. Un quatrième homme recherché est toujours en cavale.

25 juin : les trois suspects arrêtés dans l'enquête sur la mort du petit Sidi Ahmed ont été mis en examen et écroués dans la nuit de vendredi à samedi. Mahmoudou M., 24 ans, un des quatre suspects d'origine comorienne porteur du revolver qui a mortellement atteint le petit Sidi, est mis en examen pour "meurtre sur mineur de quinze ans" et "port d'arme". Son frère Ahmed M. 25 ans, est mis en examen pour "complicité d'homicide de mineur de moins de quinze ans". Le troisième suspect, Salah B., 19 ans, membre de la fratrie adverse avec qui il avait échangé des tirs, est lui mis en examen pour "tentative de meurtre" et "port d'arme". Un quatrième suspect de 23 ans, le frère de Salah B., est toujours recherché par la police.

28 juin : huit personnalités du monde du cinéma et de la culture, dont Bertrand Tavernier, Ariane Ascaride, Didier Daeninckx et Mouloud Aounit écrivent une "lettre ouverte" à Nicolas Sarkozy intitulée "Les 4000 n'ont pas besoin de Karcher verbal mais d'égalité!" Parmi les autres signataires figurent Marc Perrone, musicien, et Marie-Christine Ceve, présidente de la ligue des droits de l'homme du 93.

29 juin : le ministre de l'Intérieur retourne mercredi à la Cité des 4000 pour annoncer des mesures en faveur de l'emploi, l'éducation et la sécurité dans ce quartier défavorisé, dix jours après la mort de Sidi Ahmed. Le ministre propose un partenariat avec l'Institut supérieur de mécanique de Paris, une grande école d'ingénieurs. Il annonce également une deuxième convention entre Sciences Po Paris et un lycée de La Courneuve et propose un partenariat avec l'Essec, une des frandes écoles de commerce.
En matière de sécurité, il promet "un travail de nettoyage profond du trafic et des trafiquants". Il annonce enfin une enveloppe de 150.000 euros pour financer des projets de ville-vie-vacances pour cet été pour les jeunes de la cité, utilisés pour passer un permis de conduire, aller au cinéma, faire des sorties, apprendre des langues...
En parallèle, environ 250 personnes dont le maire de La Courneuve, des syndicalistes, élus et militants associatifs se rassemblent sur une place de la cité des 4.000 pour dire "halte au populisme" et "oui à la dignité", dix jours après la mort du petit Sidi.

27 juillet : Nicolas Sarkozy annonce, à La Courneuve, que "257 emplois directs ont été recueillis" auprès de diverses entreprises au bénéfice des jeunes de la ville.
Le ministre, qui s'exprime à la mairie de la Courneuve lors de sa troisième visite dans la ville après la mort de Sidi Ahmed, précise que "158 (de ces emplois) sont à pourvoir immédiatement et 99 à formaliser en septembre 2005".
Il indique que "17 opérations de contrôle et de sécurisation ont été menées sur le secteur depuis deux mois", dans les transports en commun, des débits de boisson, aux abords des établissements scolaires, dans des caves, et des parties communes des immeubles. Elles ont donné lieu à "101 interpellations".

3 août : deux élus PCF de Seine-Saint-Denis accusent Nicolas Sarkozy de mener une "campagne de stigmatisation" de La Courneuve, commune de ce département où le ministre de l'Intérieur a multiplié les visites, en "humiliant" la population et en "maniant l'anathème".

4 août : plusieurs élus de Seine-Saint-Denis dénoncent la politique "en trompe-l'oeil" menée par Nicolas Sarkozy dans le département, accusant le ministre de l'Intérieur d'offrir à La Courneuve des moyens et des emplois au détriment des villes voisines.

2006

2 janvier
: 110 jeunes de La Courneuve ont trouvé un emploi depuis juillet 2005, date à laquelle le ministre de l'Intérieur avait annoncé avoir identifié 257 emplois. Dans une lettre adressée avant Noël aux services de l'Etat, le préfet Jean-François Cordet dresse un premier bilan "des dividendes de six mois de mobilisation partenariale autour des services de l'Etat". Le préfet écrit que "depuis le 19 juin 2005, 600 jeunes courneuviens ont été reçus par l'ANPE" et qu'"il s'en est suivi 110 embauches effectives avec un taux encourageant de près de 20% de CDI" (soit 22 embauches fermes).

31 janvier : la police mène le matin une première opération d'envergure à la cité des 4000, sept mois après la mort d'un garçon de 11 ans et l'intention affichée par le ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy de "nettoyer au Kärcher" ce quartier.
Au cours de cette opération à laquelle ont participé de 200 à 300 policiers et gendarmes, 15 jeunes âgés de 17 à 25 ans ont été interpellés chez eux à l'aube dans la barre Balzac, un immeuble de 15 étages à l'entrée de la cité des 4000 à la Courneuve, et une quinzaine de kilos de cannabis ont été saisis.

1er mars : le quatrième homme soupçonné d'être impliqué dans la mort du jeune Sidi Ahmed se constitue prisonnier. Il est mis en examen pour complicité de tentative d'homicide volontaire.

12 mai : une première reconstitution de la mort du jeune Sidi-Ahmed a lieu vendredi matin dans la cité des 4000. Elle se déroule en présence des quatre hommes mis en examen pour leur implication présumée dans le décès du garçon de 11 ans, et en présence des avocats, du juge d'instruction, d'un représentant du ministère public et d'un expert en balistique. Elle vise à vérifier la pertinence des déclarations des mis en examens, au vu, notamment, des angles de tirs possibles.

12 juin : le maire PCF de La Courneuve Gilles Poux estime que "le résultat n'est pas au rendez-vous", un an après le meurtre d'un enfant et les promesses "tonitruantes" en terme d'emploi et de sécurité du ministre de l'Intérieur.