Braises encore chaudes à Clichy-Montfermeil

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Poussée de fièvre sporadique ou retour d'une vague d'émeutes ? Le doute était dans les esprits hier, au lendemain d'une nuit d'échauffourées parties de la cité des Bosquets, à Montfermeil, et qui ont atteint la ville voisine de Clichy-sous-Bois, berceau des violences urbaines de novembre (lire ci-dessous). Nombre d'observateurs de terrain répètent ces derniers mois que ces cités sensibles de Seine-Saint-Denis sont comme une « cocotte-minute qui peut exploser à tout instant ». Mais les violences qui ont opposé une centaine de jeunes à 250 policiers pourraient aussi être simplement locales. Le maire (UMP) de Montfermeil, Xavier Lemoine, est en effet l'auteur début avril d'un arrêté interdisant à plus de trois jeunes de circuler en bande dans la ville. S'il a été annulé depuis par le tribunal administratif, cet arrêté a créé un contexte « facteur de violence », selon le patron du PS, François Hollande. « Le maire a récolté les fruits de ses décisions intempestives », ajoute le syndicat de policiers UNSA. Lundi, c'est une interpellation musclée qui a été le détonateur. Dans l'après-midi, des policiers ont pénétré dans une cage d'escalier de la cité des Bosquets. Ils ont perquisitionné chez la mère d'un jeune, impliqué dans un cambriolage selon le parquet de Bobigny. « Là, dans le hall de l'immeuble, devant tout le monde, ils baissent le pantalon du petit, raconte un témoin. Puis le ton monte, les policiers sortent les gaz lacrymogènes, soulèvent la mère par les vêtements et l'emmènent au poste. »

Plus tard dans la soirée, des projectiles sont lancés sur le pavillon du maire. Pendant près de cinq heures, les échauffourées se sont poursuivies devant la mairie, cible de pavés et de cocktails Molotov, puis vers le quartier du Chêne-Pointu à Clichy-sous-Bois. Au total, sept policiers ont été légèrement blessés, trois jeunes interpellés. « Un palier a été franchi. Quand on s'en prend à la dignité des gens, il ne faut pas s'étonner que cela tourne mal », estime Mohamed Mechmache, président du collectif AC Lefeu, qui tente de calmer la violence. Pour les jeunes des Bosquets, « cette mère, ça aurait pu être tout le monde, c'est pour ça que ça a débordé ».

Sophie Caillat