Aéroports : la sécurité rogne les ailes des spotters

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Officiellement, ils n'ont pas le droit d'être là, arrimés aux grillages le long des pistes. Mais Raphaël, Amaury et leurs camarades spotters n'ont pas l'intention de remballer leurs objectifs, même si un récent arrêté préfectoral interdit de photographier les avions qui décollent et atterrissent sur l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. Une mesure de sécurité qui s'inscrit dans le contexte post-11 Septembre. Pourtant avec leurs échelles, appareils photos et jumelles pour seules armes, ils ne s'estiment « pas bien dangereux ». « De toute façon, les militaires nous connaissent et nous surveillent depuis la tour de contrôle », lance Amaury, converti au « plane-spotting » depuis les premiers vols du Concorde.

Alors les spotters essaient de négocier ces jours-ci avec le sous-préfet. Etant là tous les week-ends, ils pourraient alerter le poste de commandement à la moindre anomalie technique ou à l'apparition d'un individu suspect sur les pistes. Et en échange, ils obtiendraient une dérogation. A les entendre, les pourparlers sont en bonne voie. « Il y a deux semaines, les militaires nous ont recensés. Ils nous ont demandé une photo, notre tendance politique et notre religion », explique Jonathan qui y voit les prémices de badges nominatifs. Son voisin, les yeux braqués sur l'atterrissage de l'A340, se méfie : « En mai on fiche, en juin on verbalise ? » L'arrêté prévoit en effet de punir d'une amende de 350 e les contrevenants. Mais rien ne démotive cette bande, composée d'hommes exclusivement. Agés de 14 à 50 ans, ils évoquent « les gerbes d'eau au moment du toucher de roues après la pluie », « les arcs en ciel », ou encore « le dernier atterrissage du Concorde ». Ni la perspective d'une contravention, ni les grillages, ni les patrouilles des militaires, n'entament leur passion. Seule la nuit les délogera de l'aéroport.

Laure de Charette