Jérôme Sainte-Marie : « Le Premier ministre a totalement décroché »

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Interview de Jérôme Sainte-Marie, directeur des études politiques à l'institut BVA.

Quel bilan tirer de l'année Villepin ?

Une année de gâchis. Le bilan était plutôt bon sur les six premiers mois, mais aujourd'hui, Le Premier ministre a totalement décroché.

Où se situe le tournant ?

Début 2006, avec la mise en place du CPE qui a été le grand échec de Villepin. Il n'a pas compris la société. Il a cru en l'illusion libérale, que la France voulait le CPE.

Qu'a-t-il perdu avec le CPE ?

Villepin a commencé très bas pour un Premier ministre, arrivant à Matignon après la défaite du référendum européen. Très vite, il s'est fait connaître et a trouvé la bonne mesure. Son volontarisme sur l'emploi a plu, le CNE est passé discrètement, apparaissant surtout comme un dispositif technique. Même les émeutes en banlieues lui ont donné au final une image d'autorité. Avant la crise du CPE, Villepin séduisait les jeunes et les fonctionnaires, deux catégories sociales qu'il a perdues depuis. Aujourd'hui, il incarne la précarité et la peur du chômage. La spirale se situe entre janvier et avril où il a perdu près de vingt points de popularité.

Aujourd'hui, que pèse Dominique de Villepin ?

Il est réduit à son seul camp politique. Il a décroché avec les sympathisants de gauche et centristes. Il a mécontenté la gauche par le CPE, et la droite en le retirant.

Peut-il être encore candidat en 2007 ?

Il n'apparaît plus vraiment utile pour son camp. Il n'incarne plus la nouveauté pour dynamiter à droite une candidature de Sarkozy.

L'affaire Clearstream l'achève-t-il ?

Elle a finalement peu d'importance. Bien sûr, elle n'arrange pas son cas, mais elle arrive après le CPE alors qu'il est déjà bien affaibli. Le mal était fait en quelque sorte.

Recueilli par Bastien Bonnefous