Laurent Fabius : « Il faut respecter le vote des Français »

©2006 20 minutes

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20 Minutes a interviewé Laurent Fabius, député PS Seine-Maritime.

98 % des Français qui ont voté « non » au référendum ne regrettent pas leur choix. Vu l'état de l'Europe aujourd'hui, avez-vous des regrets ?

Non. C'est la crise européenne préexistante qui a débouché sur le non et pas le non qui a débouché sur la crise. Mais il faut préparer une relance européenne.

Les « non » français et néerlandais ont-ils eu un impact positif sur le fonctionnement de l'Union européenne ?

L'UE a commencé à porter davantage d'attention au social : la directive Bolkestein a été remaniée, mais on est encore très loin du compte.

Peut-on en conclure que l'Europe va un peu mieux ?

Non. Les politiques, notamment économiques et budgétaires, n'ont pas été réorientées et le projet institutionnel n'avancera pas vraiment avant 2007. D'où mes propositions précises pour relancer l'Union.

Quelles initiatives faudrait-il prendre de suite pour remettre l'UE dans le bon sens ?

Il faut d'abord construire une politique de l'énergie en commun. Tous les pays d'Europe doivent faire face à la crise du pétrole, dépendent de l'extérieur pour le gaz, ont un problème de pollution massive, manquent d'énergies nouvelles : bâtissons une politique commune. Et il faudrait aussi des coopérations renforcées entre Etats pour la recherche, le fiscal, le social. Des pays pourraient avancer sans attendre les autres qui ne souhaitent pas aller au même rythme.

Pensez-vous comme Mitterrand que le progrès social ne peut passer que par l'Europe ?

Oui, si l'Europe décide vraiment de résister au tout précarité, au tout libéral.

Un an après, les électeurs vous parlent-ils encore spontanément d'Europe ?

Ils savent que notre situation économique, scientifique ou énergétique dépend largement de l'Europe. Dans des domaines comme la défense ou l'environnement, ils veulent qu'on soit beaucoup plus ambitieux. Moi aussi. Je souhaite faire de l'Europe un élément important de la campagne présidentielle 2007.

Quelles leçons la classe politique française devait-elle tirer du vote ?

Les Français sont pour l'Europe mais non pour une Europe du laisser-faire : ils veulent une Union plus démocratique et plus sociale. Il faut aussi respecter leur vote. Le gouvernement n'en a tenu aucun compte. La nouvelle majorité devra le faire.

Le PS en a-t-il tiré les leçons ?

Je l'espère. Un nouveau texte constitutionnel ne pourra être adopté ou rejeté que par un référendum. Nicolas Sarkozy voudrait le soumettre seulement au parlement et court-circuiter le peuple. Il sera intéressant de voir ce que dira finalement le projet socialiste.

Y a-t-il un lien entre le « non » et les crises qui ont suivi ?

Entre ce vote, la crise des banlieues et celle du CPE, le lien c'est le refus du tout libéral et de la précarisation. Il doit y avoir une place essentielle pour la personne humaine, tout ne doit pas être dominé par l'argent.

Recueilli par Stéphane Colineau

(www.laurent-fabius.net)