Retour sur la catastrophe sanitaire d'août 2003

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La canicule du mois d'août 2003 qui a fait 15.000 morts, une catastrophe sanitaire et sociale sans précédent, a révélé aux Français un système sanitaire vulnérable et un retard dans la prise en charge des personnes âgées et fragiles.

Le 10 août, dans une France hébétée par une semaine de records de chaleur, l'urgentiste parisien Patrick Pelloux alerte le gouvernement, dont les principaux responsables ont quitté la capitale, et parle «d'hécatombe».

Sur le terrain, les services d'urgence, déjà confrontés à des problèmes structurels en période estivale (fermeture de lits, manque de personnel), sont bondés. Faute de lits, les personnes âgées sont alignées sur des brancards dans les couloirs.

Les Pompes funèbres saturent et dans la région parisienne, particulièrement touchée, les corps sont entreposés dans des camions réfrigérés ou les hangars des Halles de Rungis.
La canicule fera, entre le 4 et le 18 août, 14.847 morts, principalement des personnes âgées et des femmes, mais aussi des personnes isolées socialement fragiles.

Cette catastrophe a révélé la pénurie de personnels dans les maisons de retraite, avec un taux d'encadrement extrêmement faible par rapport à nos voisins européens, leur manque de moyens, et les difficultés de recrutement dans le secteur de l'aide à domicile dans une France confrontée au vieillissement de sa population.

A l'automme suivant, le gouvernement Raffarin présente un plan Vieillissement et solidarité, qui se traduit par l'instauration d'un jour de travail supplémentaire pour financer la dépendance des personnes âgées et handicapées.

Il est cependant mal accueilli, son manque d'ambition et de financement dénoncé, y compris par les professionnels des personnes âgées. La contestation s'exprimera avec éclat lors de sa première application, les lundi de Pâques et de Pentecôte.

Le drame a aussi mis en évidence l'isolement des personnes âgées, les familles d'une soixantaine de victimes n'ayant pu être retrouvées. Mais il a surtout montré les failles dans la chaîne de décision politique, avec un gouvernement aux administrations cloisonnées incapables d'anticiper ou de prendre la mesure du phénomène, comme l'ont souligné la plupart des rapports rendus publics.

Une commission d'enquête parlementaire a ainsi parlé de "dysfonctionnements clairement mis en évidence" au sein du cabinet du ministre de la Santé Jean-François Mattei, qui sera remplacé quelques mois plus tard. Pointé du doigt également, l'Institut de veille sanitaire et la Direction générale de la Santé, dont le directeur Lucien Abenhaïm, a dû démissionner le 18 août 2003. La polémique politico-médiatique n'a pas non plus épargné François Fillon (alors aux Affaires sociales) pour son mutisme durant la crise et Jacques Chirac rentré de vacances au Canada le 20 août.