Robert Ménard : «La vie d'un otage n'a pas de prix»

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Interview de Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

Le Times a affirmé hier que Paris aurait versé 25 millions de dollars pour la libération de Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Florence Aubenas. Est-ce crédible ?

Oui. Aucune prise d'otages ne s'est réglée sans échange. Les Français se doutent bien qu'au cours des longues négociations de marchands de tapis, des contreparties financières et politiques sont données. L'Etat verse de l'argent, mais délivre aussi des visas, des soins. Mais personne ne veut le dire tout haut.

Pourquoi le Quai d'Orsay dément avoir versé ces rançons ?

D'une part, il est très dangereux de préciser le montant de la somme qu'on a versée, car cela peut donner des idées à d'autres preneurs d'otages, ou pousser à la surenchère. Et puis, l'Etat français veut éviter d'avoir à dire qu'il se met au même niveau que les ravisseurs, en discutant d'égal à égal.

Y a-t-il des pays qui refusent réellement de payer ?

La Grande-Bretagne et les Etats-Unis se plaisent à dire qu'ils n'entrent jamais dans la moindre négociation. Mais cela reste à prouver. Et certains diplomates étrangers trouvent que c'est irresponsable de verser une rançon comme l'ont fait les Allemands, les Italiens ou encore les Français. N'empêche que la France, elle, a toujours ramené ses otages sains et saufs.

Ça ne vous choque pas qu'on monnaye la vie des otages ?

Pas du tout. La vie n'a pas de prix. Ce qui me pose problème, c'est de savoir que notre mobilisation en France donne de la valeur aux otages, et fait grimper les enchères. Mais cette mobilisation est indispensable.

Recueilli par Laure de Charette