Amiante : réquisitions maximales

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Peine maximale. Hier, Ludovic Duprey, le procureur de la République, a requis 75 000 euros d'amende contre Alstom, avec l'obligation d'afficher cette condamnation au siège du groupe pendant deux mois. Un an de prison avec sursis et une mise à l'épreuve avec obligation d'indemniser les victimes ont été requis à l'encontre de Bernard Gomez, le dernier directeur du site de Lys-lez-Lannoy (Nord). Il comparaissait avec Alstom au tribunal correctionnel de Lille pour mise en danger de la vie des salariés, à la suite du non-respect de la législation sur l'amiante entre 1998 et 2001 sur le site nordiste. « Alstom s'est dit précurseur en matière d'éradication de l'amiante, mais c'est le précurseur du mensonge », a indiqué Ludovic Duprey, qui a toutefois précisé ne pas faire porter à Alstom le drame sanitaire de l'amiante. « Rien n'a été fait par la société pour évaluer et éviter les risques de l'amiante. » Et de citer l'absence d'élimination des déchets, de plan de retrait de l'amiante, de protection ou de formation des salariés... « C'est la première fois que je vois un procès d'une telle qualité, affirme Pierre Pluta, président de l'Association régionale de défense des victimes de l'amiante. Le tribunal a écouté les salariés. C'est conforme à mon idée de la justice, la vraie. » « Il y a encore quelques années, on aurait requis un euro d'amende avec sursis, et l'audience aurait duré quelques heures, se félicite Michel Ledoux, l'un des avocats des parties civiles. Certes Bernard Gomez ne risque pas de peine ferme. Mais la prison avec sursis, c'est symbolique et ce procès est un symbole. » « J'aurais voulu que soit requise une peine plus ferme, car il faut que ce procès montre l'exemple », réagit Joseph Cammarata, ex-salarié.

Les avocats de la partie civile ont demandé 10 000 euros de dommages et intérêts pour chacun des 150 anciens salariés, pour préjudice moral. Le jugement sera rendu le 4 septembre prochain.

Fanny Bertrand