Un juge va enquêter sur la mort de 10 soldats en Afghanistan en 2008

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Un juge d'instruction va enquêter sur l'embuscade d'Uzbin en Afghanistan qui avait coûté la vie à dix militaires français en août 2008, une décision redoutée par l'armée qui craint une multiplication des plaintes liées à la conduite des opérations
Un juge d'instruction va enquêter sur l'embuscade d'Uzbin en Afghanistan qui avait coûté la vie à dix militaires français en août 2008, une décision redoutée par l'armée qui craint une multiplication des plaintes liées à la conduite des opérations — Patrick Kovarik afp.com

Un juge va enquêter sur l'embuscade qui avait coûté la vie à dix militaires français en août 2008, dans la vallée d'Uzbin en Afghanistan, a décidé lundi la cour d'appel de Paris, après une plainte des parents de soldats tués pour mise en danger de la vie d'autrui.

Le juge d'instruction Frédéric Digne, saisi d'une plainte avec constitution de partie civile pour mise en danger de la vie d'autrui et non-empêchement de crime, avait décidé d'ouvrir une enquête en mars 2011, mais le parquet avait fait appel. La cour d'appel a rejeté ce recours.

"C'est une réaction de soulagement parce que, par l'intermédiaire du procureur, l'Etat a tout fait pour que cette instruction ne soit pas ouverte. Il aura fallu se battre, mais on va enfin savoir comment ces jeunes soldats sont morts, comment ils ont été sacrifiés", a déclaré l'avocat de la famille d'un soldat tué, Me Gilbert Collard.

"On n'a jamais dit qu'un militaire, quand il endossait un uniforme, n'endossait pas sa mort possible. En revanche on a toujours dit qu'on n'avait pas le droit d'envoyer des soldats à la mort sans leur donner les moyens de se défendre, sans leur donner les moyens d'échapper à un guet-apens construit par la négligence, par le laxisme de la hiérarchie", a-t-il ajouté.

Me Collard a précisé qu'il allait demander l'audition de témoins et la déclassification d'un rapport établi sur cette embuscade.

L'armée avait auparavant dénoncé la "judiciarisation" des affaires militaires.

Le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a indiqué qu'il va "lire mot à mot" et analyser les motivations de cette décision de justice avant de les commenter.

"L'armée est soumise au droit et il est donc normal qu'elle rende compte. Pourtant, on reconnaît depuis toujours que la conduite des opérations est un exercice singulier qui n'est pas dans le droit commun", a-t-il cependant déclaré à la radio France Inter.

Neuf soldats ont été tués le 18 août 2008 dans une embuscade tendue par les insurgés talibans à l'est de Kaboul. Un dixième a été tué lors du retournement de son véhicule pendant une "opération de récupération des blessés".

21 soldats avaient été blessés dans cet accrochage, l'un des plus meurtrier pour les troupes internationales depuis la chute du régime des talibans fin 2001.

Selon plusieurs familles, les soldats ont été victimes d'un "manque de moyens" et certains de leurs officiers "n'ont pas été à la hauteur de leur mission".

En 2008, l'embuscade d'Uzbin avait fait prendre conscience aux Français que leur pays était engagé dans un conflit meurtrier. Le 20 janvier, la mort de quatre soldats français tués par un militaire afghan avait provoqué la colère des autorités françaises.

Vendredi, le président Nicolas Sarkozy a annoncé en présence de son homologue afghan Hamid Karzaï que les troupes françaises (3.600 hommes sur 130.000 soldats étrangers) auront quitté l'Afghanistan fin 2013.

L'Otan avait fixé à la fin 2014 la terme de ses opérations en Afghanistan.