Le million de Français d'origine asiatique en quête de représentativité

Les quelque un million de Français d'origine asiatique veulent gagner "respectabilité" et "représentativité" dans les institutions politiques françaises, à l'instar des autres minorités hexagonales.

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Les quelque un million de Français d'origine asiatique veulent gagner "respectabilité" et "représentativité" dans les institutions politiques françaises, à l'instar des autres minorités hexagonales.
Les quelque un million de Français d'origine asiatique veulent gagner "respectabilité" et "représentativité" dans les institutions politiques françaises, à l'instar des autres minorités hexagonales. — Joel Saget afp.com

Les quelque un million de Français d'origine asiatique veulent gagner "respectabilité" et "représentativité" dans les institutions politiques françaises, à l'instar des autres minorités hexagonales.

Cette communauté, dont les premiers représentants sont arrivés en France dans les années 1970, est en progression constante et se cherche des icônes, comme les Français d'origine africaine avec l'ex-ministre Rama Yade et les Maghrébins avec l'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati.

Les "Asiatiques commencent à prendre conscience de leur poids et veulent désormais frapper aux portes des partis politiques", observe la sociologue Estelle Auguin.

En France, une vingtaine de conseillers municipaux sont d'origine asiatique.

Le politique le plus connu, le sénateur EELV Jean-Vincent Placé, président du premier groupe parlementaire écologiste, est né en Corée du Sud et a été adopté à l'âge de sept ans par une famille française.

Mais Mme Auguin, spécialiste de l'immigration chinoise, fait la distinction entre les Français originaires des pays d'Asie du Sud-Est et ceux venus de Chine: les premiers "ont un certain niveau socio-culturel" et sont partis pour des "raisons politiques" du Vietnam, du Cambodge ou du Laos dans les années 1970. Les seconds, originaires de populations rurales chinoises du Wenzhou, forment une "immigration économique" d'un "niveau socio-culturel moins élevé", sont "moins politisés" et "moins bien intégrés".

Le désir de représentation est donc plus fort chez les Français d'Asie du Sud-Est, selon la sociologue.

"Nous avons besoin de représentation", confirme Chenva Tieu, qui portera aux prochaines législatives les couleurs de l'UMP dans la 10e circonscription de Paris, qui englobe une partie du XIIIe arrondissement, le "Chinatown" de la capitale.

"Mon objectif est de faire une Assemblée nationale aux couleurs de la France. C'est le sens de mon engagement", martèle ce financier, fondateur du "Club XXIe siècle" qui regroupe une élite issue de la diversité.

Chenva Tieu a pris sa carte à l'UMP en 2006. Valérie Pécresse en a fait son porte-parole aux élections régionales de 2008 et Jean-François Copé l'a nommé en 2011 au poste de Secrétaire national chargé des relations avec l'Asie.

Arrivé en France à 11 ans, il fait partie de la génération des "boat people" qui ont le fui le Cambodge à l'arrivée des Khmers Rouges en 1975.

"Les Cambodgiens étaient à poil. Ils ont consacré toute leur énergie à la réussite sociale. Ils sont devenus des bourgeois. Nous sommes arrivés à la fin du cycle de rattrapage", analyse-t-il.

C'est désormais le "début d'un nouveau cycle" porté par une "génération qui a bénéficié d'une liberté d'expression inédite", qui a acquis une "conscience politique", poursuit M. Tieu.

"Les jeunes sont comédiens, journalistes. Ils choisissent des métiers qui ne rapportent pas de fric. Ils commencent à intégrer la notion de citoyenneté, à comprendre la France et à tisser des réseaux", ajoute l'homme d'affaires.

"Il ne faut pas rester dans le commerce", acquiesce Martin Shi, militant du Parti radical, arrivé en France il y a 11 ans. Ce commerçant naturalisé depuis peu et à l'accent prononcé souhaite se présenter aux prochaines municipales de 2014 . "Si je suis élu je ne serai pas communautariste", s'engage cet habitant de Belleville.

Ce quartier cosmopolite de Paris avait été le théâtre en juin 2010 d'une manifestation sans précédent de milliers d'Asiatiques protestant contre les violences dont ils se disaient la cible. L'événement, jugé "historique" par les organisateurs, avait donné une première "visibilité" aux Chinois de Paris, qui célèbrent cette semaine leur Nouvel an, avec l'entrée dans l'année du Dragon.