L'ADN entre dans la chasse au corbeau

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Dans la chasse au corbeau de Clearstream, des "corneilles" pourraient bien mener au mystérieux dénonciateur après la découverte de traces ADN féminines sur les courriers anonymes adressés au juge Renaud van Ruymbeke en mai et juin 2004.
Dans la chasse au corbeau de Clearstream, des "corneilles" pourraient bien mener au mystérieux dénonciateur après la découverte de traces ADN féminines sur les courriers anonymes adressés au juge Renaud van Ruymbeke en mai et juin 2004. — Thomas Coex AFP/Archives

Lentement mais sûrement, les juges et la presse se rapprochent du ou des corbeaux. Hier, on a appris que les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons avaient reçu lundi des résultats d'une expertise génétique sur les lettres anonymes portant les empreintes ADN de six personnes, dont quatre femmes.

Ces traces ont notamment été retrouvées sous les timbres des enveloppes postées il y a deux ans. Les deux magistrats pourraient donc ordonner des prélèvements d'ADN dans l'entourage féminin des personnes soupçonnées, l'informaticien Imad Lahoud et l'ex-vice-président d'EADS, Jean-Louis Gergorin. Cependant, ni l'un ni l'autre n'ont encore été convoqués devant les juges.

Un autre élément s'ajoute au dossier. Le Nouvel Observateur publie des notes classées « confidentiel défense » du général Rondot indiquant que Gergorin a adressé au juge Van Ruymbeke un CD-Rom contenant des listings de comptes en juin 2004. Ce qui le désigne comme le ou un des corbeaux officiels. La presse parle désormais de « deux ou trois » rendez-vous avérés entre Gergorin et Van Ruymbeke. Ceux-ci sont donc toujours sous pression. Le gouvernement n'est pas en reste : selon L'Obs, Rondot a informé le ministère de la Défense, le 11 mai 2004, de l'entrevue secrète entre Gergorin et le magistrat. La ministre Michèle Alliot-Marie aurait donc pu connaître dès cette période l'identité du corbeau. Autant d'éléments qui donnent du grain à moudre aux politiques voulant empêcher les juges d'instruire à partir de dénonciations anonymes (lire ci-dessous). Ces nouvelles révélations renforcent également l'importance du témoignage de Rondot. L'intéressé a confirmé hier qu'il ne se rendrait pas à sa convocation aujourd'hui ni lundi devant les juges. Qui va donc parler le premier ?

A. S.

Le procureur général de la cour d'appel de Paris a demandé le dépaysement de la procédure ouverte à Paris vendredi sur la violation du secret de l'instruction dans l'affaire Clearstream. Les magistrats enquêteurs appartiennent en effet au pôle financier, comme les juges d'Huy et Pons.