Alain Marsaud : «L'envoi de courriers anonymes n'est pas désintéressé»

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Interview d'Alain Marsaud, député UMP de la Haute-Vienne

Vous avez déposé une proposition de loi visant à proscrire les documents anonymes dans le domaine de la preuve judiciaire. Cette idée est-elle née de l'affaire Clearstream ?

Pas seulement. Un certain nombre d'affaires dans le domaine financier ont été révélées ou ont évolué par l'envoi de documents anonymes. Nous sommes aujourd'hui pris entre l'intérêt de faire évoluer un dossier et de rétablir de bonnes moeurs. Par cette proposition, je ne prétends pas avoir la réponse mais ouvrir ce débat.

Un de vos collègues veut obliger les médias à citer leurs sources. Veut-on empêcher les affaires de sortir ?

Il n'est pas question de ralentir la bonne marche des enquêtes. C'est un problème de loyauté envers ceux que la justice poursuit, un problème de respect du droit de la défense. L'expérience montre que l'envoi de courriers anonymes n'est généralement pas désintéressé et qu'il s'agit plus souvent d'une opération de nuisance que d'une restitution de vérité. Peut-être que ma proposition est excessive. Si les avantages sont supérieurs aux inconvénients, alors nous continuerons comme ça.

Les méthodes du juge Van Ruymbeke ont été critiquées...

Je ne veux pas cibler un magistrat en particulier. Mais on a déjà vu des juges fabriquer eux-mêmes des pièces à partir de fausses communications téléphoniques. Ceux-là s'instrumentalisent eux-mêmes.

On a l'impression qu'on s'intéresse davantage au rôle des juges qu'à celui de l'Etat...

Nous allons bientôt voter une loi créant une délégation parlementaire pour le renseignement. Cela permettra au Parlement d'être informé sur ce qui se passe dans les services de renseignement. C'est une avancée démocratique.

Recueilli par David Carzon