Génocide arménien: «Tant que la Turquie ne l'a pas reconnu, ça ne change rien»

C.La

— 

Des Français d'origine arménienne manifestent devant le Sénat, à Paris, le 23 janvier 2012.
Des Français d'origine arménienne manifestent devant le Sénat, à Paris, le 23 janvier 2012. — A.GELEBART / 20 MINUTES

Turcs ou Arméniens, nous vous avons invités à nous envoyer vos réactions au vote du Sénat de la loi condamnant toute négation des génocides et notamment du génocide arménien. Guegham et Leyla, internautes de 20 Minutes, respectivement d’origine arménienne et turque, nous ont envoyé leurs témoignages.

>>Continuez à nous envoyer vos réactions par mail via reporter-mobile@20minutes.fr.

Guegham, Français d’origine arménienne: «Cette loi est un instrument politique»

«Je trouve que cette loi une bonne chose, une première étape à la reconnaissance définitive du génocide arménien jusqu’ en 2015 (date du centenaire du génocide). C’est une bonne chose d’avoir fait ce pas en avant, au moins, les gens en parlent. Maintenant lorsqu’un Turc aura une amende, ce sera embarrassant pour la Turquie, et ils seront obligés petit à petit, je pense, de résoudre ce problème. Ce que je trouve regrettable, c’est que cette loi sorte 90 jours avant l’élection. J’ai le sentiment que le gouvernement utilise cette loi pour gagner des points avant la présidentielle, elle devient un instrument politique. En France, on a reconnu le génocide, on a voté une loi pour pénaliser sa négation, et après? Tant que la Turquie ne l’a pas reconnu, ça ne change rien. Si le gouvernement français est réellement soucieux de cette cause, il faut qu’il pousse les autres Etats à reconnaître ce génocide et à condamner sa négation. La France seule pour moi, ça ne veut rien dire. Ça me fait penser à l’époque de l’Union soviétique. On pouvait dire et penser ce qu’on voulait à la maison, il ne fallait simplement pas critiquer le pouvoir dès que l’on sortait. En gros, tant que la Turquie ne prendra pas position dans ce sens, ça ne changera pas les mentalités des Turcs, en France et ailleurs.»

Leyla, Française d’origine turque: «Il faut se mettre d’accord une fois pour toutes et avancer»

«Il y a juste une chose que je ne comprends pas. Le parlement européen a reconnu le génocide arménien en 1987 et la France l'a reconnu en 2001: alors pourquoi le gouvernement français veut-il faire absolument une autre loi contre la négation-même du génocide arménien? Cette loi a été proposée en 2008 si je me souviens bien, mais abandonnée, puis reproposée il y a peu et finalement ratifiée. Certains articles évoquent un enjeu électoral, d'autres apportent des idées concernant la dignité et autre. Le fait est que les relations diplomatiques et accords économiques vont être gelés pour une durée indéterminée, et dans le pire des cas rompus. (…) Bien sûr, il faut se mettre d'accord une fois pour toute sur ces faits historiques qui continuent à provoquer de la rancœur et qui portent atteinte à la dignité humaine. Il faut le faire pour avancer, puisque nous ne faisons que ressasser ces faits encore et encore et nous le ferons toujours si nous ne nous mettons pas d'accord. Pour cela, la Turquie et l'Arménie doivent organiser un sommet, par eux-mêmes ou par un intermédiaire (que ce soit un pays, une organisation...) dans un pays neutre, réunir des historiens de leurs pays et d'autres pays, avoir accès aux documents officiels classés confidentiels de tous les pays ayant été mêlés à cette époque et relater ce qui s'est passé. Une fois que la Turquie et l'Arménie seront d'accord, tous les pays pourront faire les lois qu'ils souhaitent, les faits historiques seront officiellement reconnus et l'on pourra enfin avancer historiquement, économiquement et politiquement.»