AZF : le nouveau scénario de l'explosion

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Les juges d'instruction chargés de l'explosion de l'usine AZF le 21 septembre 2001 présentent mardi aux 140 parties civiles le rapport final des experts judiciaires, sur lequel s'opposent déjà la plupart des associations de victimes et le groupe Total, propriétaire de l'usine.
Les juges d'instruction chargés de l'explosion de l'usine AZF le 21 septembre 2001 présentent mardi aux 140 parties civiles le rapport final des experts judiciaires, sur lequel s'opposent déjà la plupart des associations de victimes et le groupe Total, propriétaire de l'usine. — Eric Cabanis AFP/Archives

Le rapport définitif des experts judiciaires sur la catastrophe d'AZF décrit un scénario du mélange malencontreux d'un produit chloré (DCCNa) avec le nitrate d'ammonium, n'impliquant que quelques kilos de DCCNa, différent de celui évoqué dans le rapport d'étape de juin 2002.

Les experts estimaient en effet en 2002 qu'un manutentionnaire de l'entreprise SURCA sous-traitante d'AZF avait déversé par erreur un quart d'heure avant l'explosion le contenu d'un sac éventré de 500 kg de DCCNa (dichloroisocyanurate de sodium) sur le nitrate d'ammonium du hangar 221.
Total avait rejeté le scénario après une reconstitution montrant qu'il était improbable que le manutentionnaire incriminé ait pu déverser par erreur le contenu d'un tel sac en raison d'une violente odeur de chlore.

Le nouveau scénario reprend les conclusions d'une expertise de détonique menée par M. Didier Bergues qui a reproduit l'explosion en 2005. Son rapport, connu en février 2006 évoque l'apport "d'un dernier tas de 500 kg de NAI (nitrate industriel) dont quelques kilos de DCCNa, déversé (...) un peu plus de 20 minutes avant l'explosion". Selon le nouveau scénario, cité par des parties civiles, le manutentionnaire aurait ramassé au hangar 335, où convergeaient les sacs à recycler, 500 kg de nitrate provenant d'un sac éventré, avec des résidus provenant du fond de sacs d'origines diverses dont du DCCNa.
Ce mélange pelleté vers une benne aurait ensuite été déversé sur le tas de nitrate stocké au hangar 221. "La mise en contact des deux composants a permis la formation de trichlorure d'azote, assimilable à un explosif primaire qui a entraîné la détonation du tas de nitrate d'ammonium", indique le rapport.

Pour Me Stella Bisseuil avocate de "l'association des familles endeuillées", ce scénario "tient compte des objections de 2002". Selon l'avocat, "il aggrave le cas de l'industriel, en montrant que des sacs contenant des résidus divers convergaient vers le 335 et que l'étanchéité entre produits incompatibles n'était plus assurée dans cette zone de déchets".