"Il faut que des gens de droite, du centre et de droite se rassemblent"

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François Bayrou, président de l’UDF, député des Pyrénées-Atlantiques.

Vous allez voter la motion de censure contre le gouvernement. C’est un acte politique très fort. Quelles sont vos motivations ?
Je vote la censure parce qu’il n’est pas possible que la décomposition à laquelle nous assistons dure un an de plus, jusqu’à l’élection présidentielle. Nous assistons à une guerre haineuse au sommet de l’Etat qui prend toutes les décisions en otage. Cette guerre utilise le coeur de l’Etat, les services secrets et la justice.Cela est destructeur.

La démission de Dominique de Villepin vous satisferait-elle ?
Non. La motion de censure dépasse de beaucoup Dominique de Villepin. C’est toute notre pratique du pouvoir qui est en cause. Tant qu’on ne fondera pas les principes d’une démocratie saine, quel que soit le gouvernement on aura les mêmes déboires. Souvenez-vous de la fin du règne de Mitterrand, des «affaires » et des écoutes téléphoniques.

Vous réclamez des élections anticipées ?
Si nous étions dans une démocratie normale, il y aurait des élections présidentielle et législatives anticipées. On remettrait tout à plat pour repartir sur des bases assainies.

Beaucoup à l’UMP estiment que peu de députés UDF voteront la censure.
C’est possible. Il n’est pas si facile de changer les habitudes politiques. Mais si personne ne bouge, si l’on reste aux vieux clivages, il n’y a aucune chance d’en sortir.

Mais est-ce que cela ne vous isolerait pas ?
La responsabilité des hommes politiques, c’est de montrer le chemin, de prendre des risques, pas de suivre. Même si c’est difficile. Mes collègues députés, même s’ils ne votent pas, approuvent tous mon analyse. Mais ils ne veulent pas mélanger leurs voix avec celles de la gauche. Je ne sous-estime pas leurs scrupules. Mais au-dessus de l’appartenance à la droite ou à la gauche, bien au-dessus, il y a des principes, des convictions que partagent tous les républicains. Ce sont ces principes qui sont en cause.

Quels sont les thèmes de gouvernement qui peuvent dépasser les frontières ?
La démocratie en France, l’éducation, la justice, l’environnement, la protection de l’atmosphère, la lutte contre la dette…

Amorcez-vous, comme le prétendent des députés UMP, un virage vers la social-démocratie, voire vers Ségolène Royal ?

Ce sont des enfantillages. Je donne une existence à une voie politique nouvelle. Je mène le combat pour changer la donne.

L’intérêt supérieur de la nation pourrait-il vous conduire à former une coalition de gouvernement avec le PS ?
Je vais plus loin. L’intérêt supérieur de la nation commande qu’un jour des gens venus de la gauche, du centre et de la droite acceptent de se rassembler pour sortir de ces décombres.

Cela vous paraît réaliste ?
Nécessaire, et réaliste.

Pourquoi ne pas lancer clairement un appel en ce sens aux élus UMP et PS ?
La prise de conscience viendra. Mais elle ne viendra pas d’abord des élus. Elle viendra du peuple français qui voudra tourner la page.

Le député PRG Roger-Gérard Schwartzenberg vous a proposé « une situation à l’italienne » où l’Union
rassemble socialistes, Verts, radicaux et centristes…
La voie italienne conduit à une bipolarisation qui oblige les modérés à s’entendre dans chaque camp avec les extrêmes. Ma préférence, c’est une entente entre républicains, entre démocrates, capable d’offrir une alternative aux extrêmes.

C’est-à-dire de Laurent Fabius à Nicolas Sarkozy ?
Le rassemblement, ce n’est pas la confusion…

Estimez-vous pouvoir construire avec des femmes et des hommes qui ont appelé à voter « non » au référendum sur l’Europe ?
Je ne mets pas tout le monde dans le même sac. Il y a des gens qui ont voté «non » parce qu’ils rejettent l’idée même d’Europe solidaire. Et puis il y a des gens qui ont voté « non » parce qu’ils croyaient (peut-être naïvement) qu’on pouvait faire mieux.

Vous semblez prophétiser la fin des partis…
Nullement. Mais le temps viendra où il y aura une recomposition du paysage politique, j’en suis persuadé.

Recueilli par Stéphane Colineau