La prison, un enfermement pour tous

©2006 20 minutes

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Quatre-vingt-quatre pages pour comprendre pourquoi la situation déplorable des prisons vétustes et surchargées ne changera jamais. L'opuscule de l'avocat Thierry Lévy examine comment la peine a perdu son sens premier puisqu'elle ne rend pas meilleur le détenu. Au mieux, elle le neutralise un temps. Resteraient donc les solutions de remplacement : bracelet électronique, assignations à résidence... Seulement, chaque institution pénitentiaire ne les applique que pour les courtes peines. Pourquoi ? C'est là où l'essai recèle un intérêt particulier. L'avocat démontre que l'être humain ne parvient pas à penser une sanction sans « souffrance méritée » : privations, incarcération. La société veut que le détenu souffre pour le bien commun, quelles qu'en soient les conséquences : récidive ou échec. Ironiquement, les peines alternatives que la société refuse d'infliger aux longues peines, elle les laisse se développer hors des prisons dans la vie quotidienne avec la vidéosurveillance et la biométrie notamment. L'homme moderne prend donc le risque d'être un jour enfermé à son tour et il n'est pas sûr que sa tête soit aussi dure que celles des prisonniers.

Arnaud Sagnard

Nos têtes sont plus dures que les murs des prisons, de Thierry Lévy, éditions Grasset.