La SNCF et l'Etat attaqués pour la déportation de Juifs

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« C'est Vichy qui était responsable du sort des futurs déportés jusqu'à Drancy, c'est la SNCF qui choisissait de les parquer dans des wagons à bestiaux, d'installer des barbelés aux ouvertures et de se faire payer au tarif de troisième classe. » Alain Lipietz ne mâche pas ses mots pour justifier la procédure que lui et sa famille engagent aujourd'hui devant le tribunal administratif de Toulouse contre l'Etat et la SNCF. En cause, leur rôle dans le transport en train de Toulouse vers le camp de Drancy (Seine-Saint-Denis) du père et de l'oncle de l'eurodéputé Vert, déportés en 1944 en raison de leurs origines juives. C'est la première fois que l'Etat et la SCNF sont poursuivis devant le tribunal administratif. Selon Alain Lipietz, toutes les actions du même ordre menées devant les tribunaux civils ont été rejetées.

« Mon père [décédé en 2003] et mon oncle, internés à Drancy, avaient eu la chance d'éviter la déportation grâce à la Libération de Paris en août 1944, explique-t-il. Ils ont eu un déclic après le procès Papon en 1998, quand le ministère public a reconnu au procès civil la responsabilité de l'Etat dans l'attitude de ce haut fonctionnaire de Vichy, et ils ont engagé leur action en 2001. » Selon la requête, la famille Lipietz se prévaut « de fautes de services qu'auraient commises les services préfectoraux et de police de Haute-Garonne, ainsi que la SNCF ». Alain Lipietz déplore que l'Etat fasse valoir « la prescription de sa dette » et que « la SNCF oppose qu'elle est une société commerciale qu'on ne peut poursuivre au tribunal administratif ».