« Mes enfants ont le droit d'être heureux »

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Abdoulaye Diabaté a quitté le Mali pour la France en 1987. En vingt ans de présence sur le sol français, il n'a jamais été régularisé parce qu'il est détenteur d'une fausse carte d'identité, effectivement achetée pour pouvoir travailler comme chef d'équipe dans un pressing. Aujourd'hui, il est marié et père de deux enfants, Kambo 5 ans, en maternelle et Fatou, 3 ans. Deux petits sans-papiers nés en France, qui ne parlent que le français, et qui vont à « l'école de la République, le seul droit dont on bénéficie quand on vit cachés ». « Je savais que ce serait difficile d'élever des enfants, sans papiers, mais il faut bien vivre. Et puis quoi, mes enfants n'auraient pas le droit d'être heureux, juste parce que moi j'ai dû quitter mon pays natal ? », s'emporte t-il. Toute la petite famille est logée dans une chambre d'hôtel du Samu social. « Ça coûte des millions à l'Etat, alors qu'avec des papiers, je travaillerais, je paierais mes impôts. Je n'aurais même pas besoin d'allocations familiales. » Aujourd'hui, lui, sa femme et par extension leurs enfants sont sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière. Et vu la volonté du gouvernement de doubler le nombre d'expulsions, la menace du départ pèse réellement sur eux. « Imaginer que mes enfants grandissent dans le pays que j'ai fui, c'est impossible. » Mardi prochain, Abdou est convoqué à la préfecture. A la clé, des papiers et une vie normale, ou bien la clandestinité, à vie.

L. D. C.

Des élus, des associations et des parents d'élèves ont lancé un comité de soutien pour que la famille d'Abdoulaye soit régularisée.