Clearstream : une crise aux conséquences insoupçonnables

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Dans le dossier Clearstream, si les juges ne cherchent qu'à identifier le corbeau ayant fait circuler de fausses listes de comptes occultes détenus par des personnalités, l'affaire est aujourd'hui beaucoup plus vaste. Au point qu'il est difficile d'en imaginer toutes les conséquences.

Le Premier ministre peut-il tenir ? Hier, lors de sa conférence de presse, Dominique de Villepin a exclu toute idée de démission, même si ses explications n'ont pas convaincu (lire ci-contre). Dans la majorité, on attend d'y voir plus clair pour prendre parti. « Seuls les juges pourront nous éclairer sur l'origine de la manipulation, explique Yves Jégo, député de Seine-et-Marne, proche de Sarkozy. Les Français veulent qu'on continue de travailler. » Est-ce encore possible ? « C'est vrai que le climat n'est pas serein », reconnaît l'élu.

Est-ce une opportunité pour Sarkozy de quitter le gouvernement ? Ce n'est pas un secret, le président de l'UMP a l'intention de quitter le gouvernement fin 2006-début 2007 pour se lancer dans la course à la présidentielle. Certains proches – Balladur ou Fillon – le poussent à partir maintenant pour couper le cordon avec Chirac. « Il n'est pas question pour lui de quitter ses fonctions », répète son entourage. « Sauf si les juges trouvent quelque chose », ajoute-t-on toutefois.

Est-ce la fin de la chiraquie ? « J'ai travaillé dans le cadre des objectifs fixés par le chef de l'Etat, mais il n'y a pas eu d'instructions. » Le Premier ministre n'a mouillé qu'à moitié son président. A l'Elysée, on s'agace de cette affaire qui rejaillit sur Chirac en cette fin de second mandat qui ressemble à une fin de règne. L'attitude de Villepin énerve aussi. « Il y a des gens qui n'ont jamais parlé », balance un ancien conseiller du président dans Le Monde, en référence à Alain Juppé.

Les conséquences de l'enquête judiciaire ? Il faudra connaître le nom du corbeau pour en savoir plus sur ses intentions. En clair, soit il oeuvre dans les milieux financiers, de la défense, soit la manipulation est purement politique. Alors les juges pourront orienter leurs investigations. Quitte à se trouver à l'étroit dans leur information ouverte pour « dénonciation calomnieuse » .

David Carzon