Le rôle encore confus des personnages clés de l'affaire

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Alors que l'enquête pour déterminer qui est le corbeau de l'affaire Clearstream se poursuit, de nombreux points restent à éclaircir.

Quel est le rôle du général Rondot ? C'est à lui que le gouvernement a confié l'enquête interne sur l'existence de listes de comptes bancaires douteux au centre de l'affaire. Hier, Le Monde a révélé le contenu de son rapport remis fin 2004 au ministère de la Défense. Il conclut à la non-implication des personnes visées et sur une possible « manipulation des médias et une instrumentalisation de la justice » dans l'affaire.

Pourquoi Jean-Louis Gergorin est-il présent dans le dossier ? Le vice-président exécutif d'EADS a remis à deux reprises un document sur un supposé réseau de corruption lié à des comptes bancaires douteux à Philippe Rondot. Proche de Villepin, Jean-Louis Gergorin a assisté à l'entretien du 9 janvier 2004 entre Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, et Rondot sans être officiellement lié au dossier. Il a été soupçonné d'être le corbeau ayant aiguillé les juges sur de mauvaises pistes. On le suspecte désormais d'avoir de la même manière induit en erreur le général Rondot pendant son enquête. Enfin, c'est par son intermédiaire qu'Imad Lahoud, expert informatique au rôle trouble, est entré en contact avec Rondot. Gergorin et Lahoud, par qui sont passées les listes de comptes, sont clairement visés par Rondot dans l'origine de la manipulation.

Jacques Chirac est-il lié au dossier ? « Ne cherchez pas à mêler le président de la République dans une affaire qui ne le concerne pas », c'est le Premier ministre qui l'a assuré hier. Pourtant, selon le général Rondot, Dominique de Villepin lui a confié que les instructions sur la nécessité d'une enquête sur les comptes de Clearstream émanaient de Jacques Chirac lui-même.

A qui profite l'affaire ? Si le gouvernement pâtit de ces règlements de comptes, Nicolas Sarkozy en bénéficie pour plusieurs raisons. Il apparaît comme « victime » d'une manipulation puisque la justice a établi qu'il ne bénéficiait pas de comptes occultes à l'étranger. Son adversaire à droite pour la présidentielle, Dominique de Villepin, a le mauvais rôle et est affaibli aux yeux de l'opinion publique. Enfin, comme le dit le lieutenant de Sarkozy, Patrick Devedjian : « On ne peut pas être l'héritier d'un système dont on est d'abord la victime », un bon moyen de couper le cordon avec vingt ans passés aux côtés de Chirac.

L'affaire va-t-elle encore s'accélérer ? Sur le front de l'enquête judiciaire, les perquisitions des juges ont cessé. Ceux-ci pourraient attendre que les répercussions politiques baissent d'intensité pour enclencher de nouvelles auditions dont celles de Gergorin et Lahoud. Seulement, Nicolas Sarkozy peut encore demander à la justice d'étendre les poursuites aux délits « faux, usage et complicité ». Enfin, concernant le fond de l'affaire, les soupçons sur la comptabilité de Clearstream, le statu quo est total. La société luxembourgeoise s'est même portée partie civile en invoquant « un important préjudice d'image ».

Arnaud Sagnard