Sarkozy soigne sa droite sur les immigrés

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La gauche et l'extrême droite fustigent l'immigration "choisie", principe au coeur de la réforme que doit présenter jeudi le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, dénonçant une "formule", un "fantasme", voire le "racisme" qui inspirerait ses mesures.
La gauche et l'extrême droite fustigent l'immigration "choisie", principe au coeur de la réforme que doit présenter jeudi le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, dénonçant une "formule", un "fantasme", voire le "racisme" qui inspirerait ses mesures. — Joël Saget AFP/Archives

L'immigration à la carte. Les députés examinent à partir d'aujourd'hui le projet de loi de Nicolas Sarkozy sur l'immigration, qui vise à favoriser l'entrée en France d'immigrés diplômés et à durcir celle des autres. Le débat parlementaire débute alors que le ministre de l'Intérieur a déclenché récemment une polémique sur le sujet. « Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter », a-t-il déclaré il y a onze jours, paraphrasant un slogan du Front national vieux de plusieurs années, et repris par Philippe de Villiers.

A un an de la présidentielle, Sarkozy ne cache pas son ambition de rallier une partie de l'électorat extrémiste. Le 29 mars, lors de la présentation du projet de loi en Conseil des ministres, il avait expliqué vouloir « séduire les électeurs du FN ». Thierry Mariani, député sarkozyste du Vaucluse et rapporteur du texte à l'Assemblée, confie, lui aussi, « vouloir donner un signe à une partie de l'électorat », estimant que « les électeurs lepénistes ont été déçus par la droite ».

La majorité veut donc « retrouver la maîtrise quantitative de l'immigration », en substituant une « immigration choisie » à une « immigration subie ». Promue plus que toute autre, l'immigration dite « de travail ». En 2005, elle a concerné 7 % des flux migratoires – soit 11 400 personnes – et 5 % en 2004. « C'est trop peu, il faut relancer cette immigration en choisissant les entrants », affirme Mariani.

D'où l'idée dans le projet de loi, d'établir des listes de métiers et des zones géographiques « caractérisées par des difficultés de recrutement », à partir desquelles la délivrance de cartes de séjour à titre professionnel serait facilitée. Dans ce sens, le gouvernement présenterait chaque année au Parlement des « objectifs quantitatifs ». « Il ne s'agirait pas de quotas par pays ou par ethnies, simplement d' objectifs professionnels », assure le rapporteur.

Une position attaquée par plusieurs associations (lire ci-dessous) qui dénoncent un projet de loi « xénophobe et utilitariste ». Mariani estime, lui, « répondre aux attentes d'une grande partie de la population ». Selon un sondage Ifop paru dimanche, 47 % des Français seraient proches des positions sarkozystes sur l'immigration.

Bastien Bonnefous