Enquête : «La CFDT risque d'être instrumentalisée par la droite»

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François Chérèque a inauguré mercredi après-midi cette série de rencontres  qui s'étaleront jusqu'à vendredi. Le Medef sera notamment reçu jeudi matin et l'Unef jeudi après-midi. "On a eu une écoute, mais ils nous ont dit qu'ils nous répondraient après avoir reçu tout le monde", a déclaré à la sortie le secrétaire général de la CFDT.
François Chérèque a inauguré mercredi après-midi cette série de rencontres qui s'étaleront jusqu'à vendredi. Le Medef sera notamment reçu jeudi matin et l'Unef jeudi après-midi. "On a eu une écoute, mais ils nous ont dit qu'ils nous répondraient après avoir reçu tout le monde", a déclaré à la sortie le secrétaire général de la CFDT. — Jack Guez AFP

Interview d'Aurore Gorius et de Michaël Moreau, journalistes, auteurs de La CFDT ou la Volonté de signer (Hachette Littératures).

Pourquoi François Chérèque a-t-il signé la réforme des retraites en 2003, contre l'avis des autres syndicats et sans avoir consulté sa base ?

Michaël Moreau : Il a signé dans la précipitation. Tout de suite après, il s'est demandé s'il n'était pas allé trop vite. C'est sans doute dû à son inexpérience.

Cela a provoqué une crise interne sans précédent...

Aurore Gorius : Il y a eu 30 000 départs selon les chiffres officiels, 100 000 selon les opposants. Des régions ou des syndicats entiers comme les cheminots ont aussi quitté la CFDT.

En ressent-on encore les effets aujourd'hui ?

A. G. : Oui, les militants l'ont encore en tête. Ils ont un doute sur la capacité de Chérèque à porter un projet. Ils dénoncent un manque de dialogue interne.

A vouloir être le syndicat de la réforme, la CFDT n'est-elle pas marquée à droite ?

M. M. : Le réformisme, c'est la grande idée de la CFDT depuis qu'elle n'a plus de relations exclusives avec le PS. Avant, ses membres étaient ancrés au PS. Il y a eu un rééquilibrage.

A. G. : Il y a une fascination de la droite pour la CFDT, mais c'est stratégique. Lors de la crise du CPE, Villepin a essayé de jouer la division syndicale via la CFDT.

C'est un piège aussi...

A. G. : La CFDT a un équilibre à trouver dans sa volonté de négocier avec tous les partis. Elle risque d'être instrumentalisée par la droite. Celle-ci essaie d'en faire un partenaire qui signerait systématiquement.

M. M. : Même le Medef est agacé par le gouvernement, dont le premier réflexe est de savoir ce que la CDFT pense d'une réforme.

La CGT et la CFDT sont en froid depuis 2003. L'unité contre le CPE était-elle de façade ?

A. G. : Il y a une volonté de rebâtir une unité syndicale. Chérèque est de la même génération que Bernard Thibault et ce dernier essaie de faire évoluer la CGT vers plus de réformisme et de modernité.

Quels sont les rapports entre les deux leaders ?

M. M. : Après 2003, ils ne se parlaient plus, les messages passaient par leurs entourages. Thibault a publié un livre où il disait qu'il ne pardonnerait jamais à Chérèque. Thibault lui a envoyé un exemplaire dédicacé : « Pour une certaine idée du syndicalisme ». Mais ils sont capables de dépasser cela au nom de l'intérêt général.

Chérèque sera-t-il réélu en juin ?

M. M. : Il est le seul candidat, mais cela lui donne une pression supplémentaire. Il doit faire un bon score.

Recueilli par David Carzon