Accord PS-EELV: le nucléaire français tire la sonnette d'alarme sociale

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Secouée par l'accord entre socialistes et écologistes sur le nucléaire, la filière française tire depuis mardi soir la sonnette d'alarme sociale et industrielle, en agitant la menace de milliers d'emplois perdus et "la fin du leadership" de la France dans l'atome.
Secouée par l'accord entre socialistes et écologistes sur le nucléaire, la filière française tire depuis mardi soir la sonnette d'alarme sociale et industrielle, en agitant la menace de milliers d'emplois perdus et "la fin du leadership" de la France dans l'atome. — Anne-Christine Poujoulat afp.com

Secouée par l'accord entre socialistes et écologistes sur le nucléaire, la filière française tire depuis mardi soir la sonnette d'alarme sociale et industrielle, en agitant la menace de milliers d'emplois perdus et "la fin du leadership" de la France dans l'atome.

Si la fermeture d'ici 2025 des centrales EDF les plus anciennes correspond à la promesse du candidat du PS François Hollande de passer de 75% à 50% d'électricité nucléaire, les mesures concernant un arrêt du retraitement à La Hague et la fin du combustible controversé Mox ont suscité la consternation chez Areva.

La confusion régnait mercredi sur ces engagements, qui ont été retirés de l'accord entre le PS et Europe Ecologie Les Verts (EELV) après y avoir figuré. Ce retrait d'un paragraphe est "provisoire", a assuré le porte-parole du PS Benoît Hamon, en raison de "deux interprétations différentes".

Au nom de François Hollande, Manuel Valls a ensuite indiqué qu'il "fallait bien évidemment garder la filière Mox" et poursuivre le retraitement. Mais Cécile Duflot d'EELV a assuré avoir eu l'engagement que le paragraphe litigieux serait maintenu.

L'enjeu social est de taille: près de 5.000 personnes travaillent sur le site de La Hague (en grande majorité dans le retraitement) et quelque 1.300 dans l'usine Melox qui produit le combustible recyclé Mox à Marcoule (Gard).

Areva estime que 14.000 emplois dépendent au total de ces sites, dont 10.000 dans le seul nord-Cotentin, très touché par le chômage.

Critiqué par les écologistes parce que contenant du plutonium hautement radioactif, le combustible Mox (utilisé dans 21 des 58 réacteurs français et à Fukushima) est obtenu en recyclant des combustibles usagés --une spécialité française--, plutôt que de les enfouir comme le font certains pays.

Selon une source proche du dossier, le nouveau directeur des affaires publiques d'Areva, l'ancien préfet Jacques Gérault, a appelé dès mardi soir le député-maire de Cherbourg Bernard Cazeneuve, un proche de François Hollande nommé mercredi comme un des quatre porte-parole du candidat.

Areva a indiqué avoir averti "ses contacts ordinaires au PS" de "conséquences économiques, sociales, industrielles, environnementales très graves, qui conduiraient aussi à la disparition du leadership de la France dans le nucléaire civil".

L'accord PS-EELV prévoit de maintenir les emplois avec une "reconversion" de La Hague en centre spécialisé dans le démantèlement des centrales, a expliqué Denis Baupin, un des négociateurs de l'accord pour Europe Ecologie-Les Verts.

"La reconversion se fera à emploi constant", a assuré l'élu écologiste.

"Personne ne croit à ça", a répliqué Jean-Pierre Bachmann, élu CFDT chez Areva, qui s'est dit "farouchement contre" le plan. On sait très bien que les gens virés ils sont virés. Moi je supporte pas ça, je pensais que la gauche était quand même plus loyale vis-à-vis des salariés", a-t-il lâché.

EDF n'a pas voulu faire de commentaire. Le groupe a néanmoins démenti des informations de presse selon lesquelles EDF et son PDG Henri Proglio étaient intervenus auprès du PS.

Car les emplois les plus directement menacés se trouvent du côté de ses 24 réacteurs amenés à être fermés en cas de victoire de la gauche, lancés entre 1978 et 1983.

Chacun des 58 réacteurs du géant français de l'électricité emploie en moyenne 350 personnes sur le site, ce qui signifierait 8.400 emplois directs supprimés dans les centrales selon le scénario PS-EELV, sans compter les emplois directs liés au fonctionnement des centrales hors site, ni les emplois indirects.

La filière nucléaire revendique au total plus de 100.000 emplois directs et 400.000 emplois directs et indirects.

L'industrie a obtenu le renfort de la droite, avec en tête le ministre de l'Energie Eric Besson, qui voit dans l'accord "la mort de l'industrie nucléaire française". "C'est bien la sortie du nucléaire qui est engagée", a-t-il affirmé à l'Assemblée nationale.

A la clôture à la Bourse de Paris, EDF a terminé en baisse de 4,36%, tandis qu'Areva a perdu 1,24%, dans un marché en hausse (+0,52%).