Christine Castelain-Meunier : « Etre deux pour affronter le vieillissement »

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Christine Castelain-Meunier, sociologue au CNRS, auteur des Métamorphoses du masculin (nov. 2005, PUF).

Comment expliquer un tel regain de la vie amoureuse chez les baby-boomers ?

Chez cette génération post-soixante-huitarde qui a contribué à l'émergence d'une nouvelle sexualité, la notion de devoir conjugal a disparu. Mais pas la valeur du couple. D'autant que les moments de solitude sont de plus en plus difficiles à vivre dans une société où les liens communautaires ont disparu et où la rentabilité prévaut. Et comme ils ont vécu la maladie de leurs parents, ils préfèrent être deux pour affronter la peur du vieillissement.

Pourquoi privilégient-ils une forme de conjugalité où chacun vit chez soi ?

Pour garder un carré d'oxygène pour soi. Ils veulent préserver le respect de l'autre et l'estime de soi, pour ne pas retomber dans les écueils de la vie commune. Ils ont besoin de créer une relation riche et créative. Il leur faut innover, et s'amarrer dans la continuité. Les rôles au sein du couple ont évolué. Ils ne veulent plus être figés dans les comportements du sexe auxquels ils appartiennent.

En somme, les baby-boomers réinventent le couple ?

Non, ils copient plutôt les jeunes générations. Comme eux, les boomers attendent de leur partenaire qu'il soit un amant, un parent et un ami. Mais ils veulent en plus rester libres et autonomes. La philosophie du bonheur qu'ils se sont forgé est en fait plus lisse : ils cherchent à ne garder de l'autre que le meilleur.

Recueilli par Laure de Charette