Guy Parent : «Cantonner la prostitution dans les lieux traditionnels»

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Guy Parent, chef de la brigade de répression du proxénétisme, à la police judiciaire de Paris.

Trois ans après le vote de la loi instaurant le racolage passif, notez-vous une baisse de la prostitution ?

En 2003, la prostitution s'étalait partout, notamment sur les boulevards des Maréchaux. Depuis que les contraventions ont été transformées en délit, qu'une garde à vue et une condamnation à deux mois d'emprisonnement sont possibles, la présence de prostituées sur la voie publique a nettement baissé. En 2005, nous avons recensé 1 500 prostituées visibles, contre 1 900 en 2003. Certaines sont parties vers la grande couronne où il y moins de contrôles, mais où elles sont en plus grand danger, moins à l'abri des agressions. D'autres sont retournées à l'étranger. D'autres encore se cachent.

Va-t-on vers une disparition de la prostitution en centre-ville ?

Il faut arrêter les proxénètes, mais l'idée n'est pas d'interdire la prostitution. Seulement de la cantonner dans les lieux traditionnels, et d'en contrôler le volume. Par exemple, 80 camionnettes ont été enlevées dans le bois de Vincennes l'année dernière, et il n'en reste plus qu'une dizaine aujourd'hui. On continuera les contrôles jusqu'à ce que l'habitude de s'y installer cesse.

Les sanctions sont-elles dissuasives ?

Les magistrats répugnent à appliquer les textes. Dans 98 % des cas, il n'y a qu'un simple rappel à la loi. Une fille peut donc être ramassée dix fois, et recommencer. Mais le texte a modifié les habitudes. Les Noires africaines se réfugient dans des taudis ou des squats du 18e. Quant aux Chinoises, elles passent inaperçues en marchant à deux, avec un sac de commissions, sans maquillage, comme si elles flânaient. Elles ne parlent pas et ne peuvent donc pas être condamnées pour racolage.

Quelle est la part des prostituées autonomes, libres d'arrêter si elles le souhaitent ?

Elles sont majoritaires parmi les Françaises, qui représentent elles-mêmes 28 % des prostituées sur Paris. Parmi les étrangères, c'est plus compliqué. Les très nombreuses Ghanéennes et Nigérianes sont contrôlées par les mamas, qui sont souvent d'anciennes prostituées et qui sont parfois elles aussi chaperonnées. Une Africaine sait qu'elle vient en France se prostituer, mais pas forcément qu'elle devra rembourser entre 30 000 et 50 000 dollars à ceux qui l'ont fait venir et qui lui ont procuré des papiers. Elle doit aussi reverser un pourcentage aux mamas et souvent aider sa famille restée en Afrique. C'est donc très long de s'en sortir, et certaines deviennent à leur tour des mamas.

Et les Chinoises ?

C'est le deuxième plus gros contingent, après les Noires africaines. Depuis 2003, elles sont de plus en plus nombreuses. Elles viennent pour gagner de l'argent et se retrouvent dans la confection, la restauration ou la prostitution. Elles peuvent même passer de l'une à l'autre. Ce sont souvent des mères de famille, autour de 40 ans. On en retrouve aussi dans des salons de massage, surtout dans le 9e, dans le bas de Pigalle. Les filles de l'Est, elles, sont de moins en moins nombreuses. Contrairement aux Africaines et aux Chinoises, elles sont reconductibles dans leur pays si elles se font arrêter. Beaucoup partent donc à l'étranger, où l'arsenal juridique est moins contraignant.

Quels sont les hauts lieux de la prostitution sur Paris ?

Parmi les prostituées, 23,8 % sont recensées dans le bois de Boulogne. Puis viennent le 16e, le bois de Vincennes, la rue Saint-Denis et les Maréchaux. Rue Saint-Denis, une quarantaine de studios ont été préemptés l'année dernière lorsqu'on a pu démontrer qu'ils étaient loués – parfois jusqu'à 5 000 e par mois – par des proxénètes. Il doit en rester une soixantaine. Enfin, il y a aussi Internet, où l'offre prolifère avec des prestations un peu plus haut de gamme. Si le webmestre est en France, c'est simple de le retrouver. S'il est à l'étranger, il faut passer par un jugement par contumace et un mandat d'arrêt international.

Recueilli par Mickaël Bosredon et Michaël Hajdenberg