Emmanuel Ludot ou le vice de forme dans la peau

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Portrait de l’avocat Emmanuel Ludot, qui a assigné en justice Kronembourg pour défendre les intérêts d’Hervé Bouge, condamné début avril à un an de prison ferme pour « conduite dans un état alcoolique».

Des clients en délicatesse avec la vitesse, Emmanuel Ludot, en a défendu beaucoup. L’avocat à la cour de Reims est même à l’origine d’une jurisprudence sur les radars laser. Et a mené un combat de front contre les premiers radars automatisés, début novembre 2003. A l’époque, il était mandaté non pas par un chômeur de 46 ans dépendant à la bière Kronembourg, mais par deux délégués médicaux roulant « 60 000 kilomètres par an et sûrs de se faire prendre ». Le pénaliste avait alors un argument de taille : « Les infractions doivent être constatées par la police judiciaire. Avec le radar automatisé, c’est une machine qui condamne l’automobiliste sans qu’il puisse se défendre. »
De causes perdues en causes gagnées, Emmanuel Ludot s’est progressivement érigé en spécialiste du vice de forme et en garant du droit. Une posture qui l’a conduit à faire partie du comité de défense Saddam Hussein, avant d’en être écarté le 19 octobre 2005. Aux questions sur ses motivations pour défendre le dictateur irakien, il répondait ainsi : « C’est d’abord l’application des grands principes de la déclaration universelle des droits de l’homme : tout inculpé est présumé innocent. » Et tout plaignant est supposé gagnant. C’est ainsi qu’Emmanuel Ludot s’est également illustré en défendant nombre de malades en bute avec l’administration hospitalière ou avec la justice tout simplement.
Ainsi a-t-il obtenu gain de cause pour les frères de Catalina, née trisomique suite à l’erreur de diagnostic d’un gynécologue. Plaidant en juillet 2005 que « les deux garçons avaient victimes de la séparation de leurs parents, intervenue manifestement le 18 février 2003, soit deux ans après la naissance de Catalina », Emmanuel Ludot est parvenu à contourner la loi du 4 mars 2002 dite « loi anti-Perruche » Celle-ci interdisait aux parents comme ceux de Catalina d’obtenir réparation des charges découlant du handicap de l’enfant et limitait leur seule indemnisation au préjudice moral. Cette fois-ci, le gynécologue a été condamné à verser 6 400 euros d’amende.
On se souvient également de l’affaire du petit Nicolas, dont les parents réclamaient l’opération d’urgence pour un cancer de la mâchoire, contre l’avis des médecins. Et de celle d’Alexis, un enfant également suivi pour un cancer, et dont la famille réclamait le transfert au centre Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis). A chaque fois, Emmanuel Ludot a réussi à convaincre justice et personnel hospitalier du bien fondé des requêtes.
Va-t-il rencontrer le même succès face au numéro 1 français de la bière, mercredi 19 avril, au tribunal de Charleville-Mézières ? Réponse dans quelques semaines…