Pour ses salariés, le nouveau «France Soir» rime avec désespoir

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Se battre jusqu'au bout. L'ambiance était à la mobilisation, hier à France Soir, après l'annonce, mercredi, de la reprise du quotidien par l'homme d'affaires Jean-Pierre Brunois et le journaliste Olivier Rey. Leur projet, retenu par le tribunal de commerce de Lille, a été préféré à celui du sulfureux entrepreneur russe Arcadi Gaydamak. Il prévoit le licenciement de 61 salariés sur 112 et la transformation du titre en journal populaire axé sur les faits divers, le sport et les peoples, à l'image des tabloïds britanniques. Inacceptable pour l'équipe qui, après avoir voté la grève mercredi soir, a choisi de multiplier les actions symboliques.

Ce matin, France Soir paraît avec 16 pages consacrées à la crise. Les salariés manifesteront ensuite devant le ministère de la Culture et une action surprise est prévue ce soir. Surtout, les représentants du personnel devraient faire appel de la décision du tribunal. « On a encore l'espoir de stopper la machine et on a aussi besoin de faire sortir la colère », confie une journaliste. Brunois et Rey doivent entrer en fonction ce soir à minuit. Les 61 licenciements suivront-ils dans la foulée ? « On n'en sait rien, explique un rédacteur. Ils gardent 51 personnes, mais on n'a aucun nom. On occupe les locaux ce week-end et on leur réserve un comité d'accueil. Lundi, les 112 salariés seront toujours là. » Un sentiment de gâchis régnait hier dans les rangs. « On ne nous a jamais laissé notre chance. Tous les ans, de nouveaux actionnaires arrivaient mais sans fric, les directeurs de la rédaction changeaient tous les six mois », regrette un journaliste. Un autre, plus jeune, estime que « le journal a été sacrifié au nom de la raison d'Etat, la France refusant de vendre à Gaydamak. France Soir, j'y suis depuis cinq ans, c'est mon premier journal. Je n'imaginais pas le quitter. Pour moi, c'est une aventure professionnelle et humaine qui s'arrête. »

Bastien Bonnefous