Tony Rocca ou l' «anesthésie affective»

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Il est dans l'ombre de Jamal Derrar, son pote de toujours. Celui pour qui, le 4 octobre 2002, il a accepté de surveiller la porte du local à poubelles de Vitry-sur-Seine, pendant qu'à l'intérieur, Sohane brûlait vive.

Depuis une semaine, Tony Rocca est assis à côté de Jamal devant les assises du Val-de-Marne, à Créteil. Savait-il ce que son copain tramait à l'intérieur ? A-t-il entendu les cris de Sohane sans réagir ? La cour en décidera. Hier, les experts psychiatres se sont seulement attachés à la personnalité de Tony, 23 ans, qu'ils ont estimé déroutant, atteint d'« anesthésie affective ». Tony a écouté, impassible. Le jour du drame, il a éteint les flammes sur Sohane puis est passé chez sa mère se laver les mains. Ensuite, il a rejoint son père, avec qui il est allé à l'hippodrome de Vincennes. Sans jamais rien dire.

Tony évoque une enfance et une adolescence « sans conflit ». Sans emploi, il n'en cherche pas et vit chez sa mère, où le frigo est plein. Il gagne un peu d'argent en organisant des soirées. Et puis ,Tony court. « Cinq heures de sport, c'est dix heures de travail. » Surtout, le surnom de Tony, c'est Pyro. Parce qu'il aime les pétards. Un jour, l'un d'entre eux lui a explosé dans les mains. Il a perdu trois doigts et un testicule. « Mais avec les filles, je tiens plus longtemps », se vante-t-il. Rocca soigne son image, comme si elle lui importait plus que la prison. Quand on lui demande s'il est traumatisé par le drame, il répond : « ça marque. » Quand une amie de Sohane témoigne de son émotion, il se défend : « Je ne suis pas le genre de mec à pleurer. » Un blindage qui pourrait lui coûter cher.

M. Hadjenberg