Procès de cinq policiers qui abusaient des prostituées

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Les faits relatés hier devant le tribunal correctionnel de Bobigny pourraient inspirer un scénario des Ripoux 4. Cinq policiers du commissariat de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) sont jugés pour avoir, en 2003, abusé de leur statut en vue d'obtenir des faveurs sexuelles ou de soutirer de l'argent à des personnes vulnérables, prostituées, mendiants, vendeurs à la sauvette et Roms.

Les agressions sexuelles se déroulaient toujours au parking de la porte de la Chapelle (Paris 18e). C'est là, en dehors de leur circonscription, que les policiers venaient surprendre les prostituées avec un client. Ce dernier était prié de partir sous peine d'être placé sur un prétendu « fichier des pervers ». Puis la prostituée avait le choix entre « faire l'amour gratuitement ou donner le fruit de [sa] passe », sans quoi elle encourait une garde à vue.

Les deux principaux accusés, aujourd'hui détenus, ont avoué des relations sexuelles non contraintes avec des prostituées. Les trois autres prévenus nient en bloc avoir assisté à ces actes sans être intervenus, et participé à des vols. Leur rôle dans cette affaire devra être précisé. Pourtant, lors de son enquête, l'Inspection générale des services a trouvé un document rédigé en commun prouvant leur concertation pour fournir les mêmes réponses aux enquêteurs.

Dénoncés par deux collègues de l'époque, les ex-policiers ont l'intention de s'en prendre à leurs accusateurs. « Déjà, ils ont fait courir le bruit que j'avais balancé des collègues pour trois fois rien », confie Nicolas Zaborowski, l'un des accusateurs. Toutes les victimes ont disparu dans la nature, à l'exception d'une Indonésienne ne parlant pas français, qui témoignera au procès.

Sophie Caillat

Beaucoup de jeunes étaient affectés au commissariat de Saint-Denis. Les demandes de mutations se sont multipliées après l'ouverture de l'enquête et le commissaire Paldacci a été suspendu en septembre 2005.