«Sohane pleurait, criait: "Arrête, pitié"»

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Journée accablante hier pour « Nono » et « Pierrot ». Isabelle et Monia ont témoigné hier au procès de Jamal Derrar et Tony Rocca, jugés pour la mort de Sohane, brûlée vive en 2002 à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Les deux femmes, âgées de 22 ans, étaient présentes dans le local à poubelles de la cité Balzac le 4 octobre 2002. Elles ont « tout vu » du calvaire de Sohane transformée en torche humaine par Jamal.

Pendant quatre heures, hier, elles ont raconté, émues, le drame. Elles ont dit les coups fréquents et la « rage » de Jamal contre Sohane, interdite de cité Balzac et les « supplications » de la jeune fille lorsqu'il lui a versé une bouteille d'essence sur la tête. « Nono a sorti un briquet, il approchait et reculait la flamme, il disait : “T'as peur, t'as peur.” Sohane, elle pleurait, criait : “Arrête, pitié, je reviendrai plus” », a expliqué Monia, la voix tremblante. « Elle a voulu s'enfuir, mais il lui a mis une balayette, la faisant tomber », a ajouté Isabelle.

A les écouter, tout était prémédité de la part de Nono, aidé de Tony, cerbère devant le local à poubelles. Depuis le début du procès vendredi, Jamal affirme pourtant qu'il ne « voulait pas la mort » de Sohane. Hier, il a accusé les deux femmes de mentir. Un brin théâtral, il a aussi demandé pardon à Monia. « Je partage ta peine, t'as perdu une amie », lui a-t-il dit. « Quand on demande pardon, on commence par dire la vérité, arrête de salir Sohane en disant que vous étiez ensemble », lui a-t-elle rétorqué, estimant que Jamal « se soucie de son sort, son but principal c'est de passer le moins d'années en prison ».

Dans la salle, l'ambiance était toujours lourde, entre pro et anti-Nono. Exemple, cette discussion d'un groupe à propos du témoignage d'Isabelle, lors d'une interruption d'audience. « Elle a craqué, lâche un garçon. Elle se souvient que de trucs à charge sur Nono, rien à décharge. J'vais lui niquer sa mère, moi.»

Bastien Bonnefous

Les auditions des témoins continuent aujourd'hui. Le verdict est prévu demain. Les deux accusés risquent la réclusion à perpétuité.