CPE: Nicolas Sarkozy en première ligne

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Le patron, c'est désormais Nicolas Sarkozy. En ordonnant aux parlementaires UMP de rédiger une proposition de loi pour amender le CPE et sortir de la crise, Jacques Chirac a confié les clés du pays au président de l'UMP. Les syndicats ont saisi le message. « On sent bien que notre interlocuteur n'est plus le Premier ministre mais les députés UMP. Et leur patron, c'est Nicolas Sarkozy », a souligné le secrétaire général de la CFDT, François Chérèque. Bruno Julliard, président de l'Unef, a même assuré : « Nicolas Sarkozy m'a dit être chargé par le gouvernement de prendre un peu en main les discussions avec les syndicats. »

En acceptant ce rôle, le ministre d'Etat risque d'endosser celui de nouvel ennemi numéro 1 de millions de Français opposés au CPE. Selon ce proche, « Nicolas n'a pas eu le choix. Pour lui, le plus grand des risques était de laisser la crise durer. » Avec deux menaces au-dessus de son avenir présidentiel. La poursuite des violences risquerait en effet d'écorner son autorité de ministre de l'Intérieur. Sans parler du risque de bavure. Comme candidat frappé de l'étiquette UMP, il ne peut voir ce parti associé à une mesure aussi impopulaire sans réagir.

Comme dans tout pari audacieux, Nicolas Sarkozy a aussi gros à gagner. S'il renoue les fils du dialogue, sa compétence apparaîtra supérieure à celle de Dominique de Villepin, voire de Jacques Chirac. Pour cela, il devra convaincre les syndicats de s'asseoir autour d'une table. Les cinq confédérations posent comme préalable l'abrogation de la loi instituant le CPE. Nicolas Sarkozy peut-il leur offrir cette satisfaction ? « Nous n'avons aucun préjugé et nous sommes prêts à discuter de tout, répète son entourage, qui caresse l'espoir que la position des syndicats évolue. « Jusqu'aux grèves et aux manifestations de mardi, ils resteront sur la même ligne pour ne pas démobiliser leurs troupes. Mais après, tout peut changer... »

Stéphane Colineau