Les bègues, de grands bavards en devenir

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Ils ne sont ni timides, ni abrutis, ni inférieurs, ils sont juste bègues. Huit enfants et adolescents sont assis les uns en face des autres dans la grande pièce vide et impersonnelle qui sert de cadre au stage de lutte contre le bégaiement. Debout faceau tableau, une jeune fille compresse son ventrepar à-coups. Le souffle court mais la voix assurée, elle lit en souriant. Hier encore, Charlotte était incapable de prononcer son nom en public. Ses amis la croyaient timide. «Mais pas du tout, je suis super vivante ! C’est juste que j’étais moins visible que les autres parce qu’en public, je me taisais », dit-elle d’une voix entrecoupée de longues inspirations. Elle avoue placer énormément d’espoir dans ce stage de trois jours. « Détruis ton empressement, tu veux parler trop vite », lui reproche le professeur, Christian Boisard. Lui-même est un ancien bègue profond, resté quasiment muet pendant quarante ans.
La méthode qu’il a mise au point est basée sur la espiration et la relaxation. Chaque syllabeest associée à un doigt de la main, pour faciliter le découpage des mots et ralentir le phrasé. Une fois le travail sur la fluidité vocale effectué, le plus dur est de «lutter contre l’habitude du bégaiement», qui consiste à parler en langage télégraphique. Et de reprendre confiance en soi. «On joue souvent à l’abruti. On fait semblant de n’avoir d’avis sur rien, par peur de devoir prendre la parole », se souvient Christian. Une fois le handicap maîtrisé, la vraie personnalité peut éclore. C’est comme une deuxième naissance, face à laquelle l’entourage ne réagit pas toujours bien. « Avant, j’étais gentil, disponible et prêt à avancer de l’argent pour avoir des amis. Maintenant, je vais dire ce que je pense».


Laure de Charette

SelonMireille Gaynaud, psychologue et orthophoniste, il existerait une hérédité génétique favorable au bégaiement. Mais une rupture ou une exigence parentale élevée peuvent aussi déclencher un bégaiement.