L'agresseur de Sohane encourt la perpétuité

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Il voulait faire « un truc de ouf à Sohane ». La cour d'assises du Val-de-Marne juge à partir d'aujourd'hui Jamal Derrar, 22 ans, dit « Nono », petit caïd de quartier qui, le 4 octobre 2002, a mis le feu à Sohane Benziane, 17 ans, dans un local à poubelles de la cité Balzac à Vitry-sur-Seine. Il comparaît avec un complice présumé, Tony Rocca, 23 ans, accusé d'avoir maintenu fermée la porte du local à poubelles.

Le 4 octobre 2002 en fin de journée, Jamal et son ami Tony ont forcé Sohane à les suivre. L'été précédent, il avait été battu lors d'une bagarre par le petit ami de la jeune fille, et avait depuis décrété qu'elle ne pouvait plus venir cité Balzac. Le soir du drame, deux autres filles, Isabelle et Monia, ont été obligées de venir dans le local à poubelles, comme témoins. C'est alors que « Nono » a aspergé Sohane d'un litre d'essence, et a agité un briquet allumé devant le visage de la jeune fille. « T'as peur, hein, t'as peur », aurait-il répété à Sohane. D'un coup, la jeune fille a pris feu. Véritable torche humaine, Sohane s'était alors jetée sur la pelouse devant le bâtiment. « Nono » a tenté d'éteindre le feu. En faisant cela, il s'est brûlé les mains. Il s'est ensuite enfui avant d‘aller se faire soigner sous un faux nom à la Salpêtrière, à Paris. malgré l'aide de nombreux témoins, Sohane, elle, était morte à l'hôpital de Clamart, deux heures plus tard.

Aux enquêteurs, Jamal Derrar avait raconté avoir voulu séduire la jeune fille, et devant son refus, avoir tenté de se suicider avec elle en s'immolant. Une version rapidement démontée par les expertises médicales. Désormais, son avocat assure qu'il n'a « jamais voulu tuer Sohane ». Lui et son complice encourent la réclusion criminelle à perpétuité.Bastien Bonnefous

Dans une interview accordée au Point hier, Kahina Benziane, la soeur de Sohane, réclame la perpétuité pour Jamal Derrar. « Il faut que les petits caïds comprennent que l'on ne peut pas niquer la vie de toute une famille sans moisir en prison », déclare-t-elle. La mort de Sohane est devenue le symbole des violences contre les femmes, provoquant la création de Ni putes ni soumises. Une plaque à sa mémoire a été posée en octobre 2005, dans la cité Balzac à Vitry-sur-Seine.