Hollande : « Le fauteur de troubles, c'est Villepin »

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La classe politique française a gardé jeudi une certaine réserve sur la fin chaotique de l'odyssée du Clemenceau, la gauche accusant surtout le gouvernement d'avoir attendu trop longtemps pour prendre la décision qui s'imposait, et l'UMP faisant le dos rond.
La classe politique française a gardé jeudi une certaine réserve sur la fin chaotique de l'odyssée du Clemenceau, la gauche accusant surtout le gouvernement d'avoir attendu trop longtemps pour prendre la décision qui s'imposait, et l'UMP faisant le dos rond. — Eric Feferberg AFP/Archives

Interview de François Hollande, Premier secrétaire du Parti socialiste.

Comment qualifiez-vous l'ampleur de la mobilisation ?

Elle est exceptionnelle. Depuis 1995, jamais un tel niveau de participation à une mobilisation n'avait été atteint. Elle est également exceptionnelle par le mélange observé dans les cortèges entre les générations, entre les salariés du privé et du public. La mobilisation est générale. Certaines villes n'avaient jamais connu de telles manifestations.

Quel message adressez-vous au gouvernement ?

Chaque semaine qui passe est du temps perdu pour le pays et aboutit à une nouvelle forte mobilisation. Depuis trois mois, chaque manifestation est plus importante que la précédente. Le Premier Ministre veut-il laisser son nom dans le livre des records, à défaut des livres d'histoire, comme étant celui qui a provoqué la plus grande colère des Français ? Nous sommes face au problème de la responsabilité de Villepin. Son entêtement est dangereux. Il doit ouvrir des négociations et revenir devant le Parlement avec un nouveau texte. Car le CPE a, d'ores et déjà, pris un sérieux coup de plomb dans l'aile.

Comment pouvez-vous l'affirmer ?

Il y a un tel rejet des salariés et des jeunes, tant de scepticisme de la part de nombreux employeurs et de doutes dans la majorité qu'il ne peut pas y avoir de victoire pour le Premier ministre. Son seul choix possible est de retirer son texte.

Selon les sondages, les sympathisants de droite ne souhaitent pas voir Villepin reculer.

Mais aujourd'hui combien représentent les sympathisants de droite dans notre pays ? Gouverne-t-on pour une fraction de l'UMP ? Désorganise-t-on le pays pour espérer devenir candidat à l'élection présidentielle ? La France n'est pas la droite et deux tiers des Français sont opposés au CPE.

Si le blocage durait, la question de la démission de Dominique de Villepin se poserait ?

Je ne souhaite pas me focaliser sur des situations personnelles. Dominique de Villepin n'est pas le seul promoteur du CPE. Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac ont approuvé ce texte. Chacun des trois est en mesure d'agir.

Pourquoi Nicolas Sarkozy ?

Il ne tient qu'à lui de retirer la confiance du seul parti de la majorité pour obliger le Premier ministre à reculer sur le CPE.

Le Conseil constitutionnel se prononce jeudi sur la conformité de la loi. Vous attendez-vous à une décision de droit ou à une décision politique ?

Le Conseil constitutionnel est proche du pouvoir par sa composition. Nous lui demandons de juger en droit, mais aussi en opportunité, en prenant en compte la situation du pays.

Les manifestants pourraient se décourager et les vacances de Pâques approchent.

Que les manifestants sachent qu'ils ont marqué un point majeur, mais qu'il faudra répéter leurs mobilisations si besoin.

Malgré les vols et les violences vous appelez même les lycéens à continuer ?

Oui. C'est à cause de ces violences que j'appelle le Premier ministre à en terminer avec son obstination qui expose gravement la jeunesse de notre pays. Celui qui bloque aujourd'hui, c'est lui. Le fauteur de troubles, c'est le Premier ministre. Il tend la main, mais elle est vide.

Vous dites que les casseurs servent le gouvernement. Iriez-vous jusqu'à dire qu'il laisse faire ?

Non. Je peux simplement dire que l'attitude des forces de l'ordre laisse, parfois, place aux interrogations. Les casseurs servent objectivement le gouvernement parce sa stratégie est le pourrissement. La manoeuvre consiste à déplacer le conflit du CPE sur le terrain du trouble à l'ordre public.

Vous craignez que ces violences ne s'amplifient ?

Je ne peux pas exclure que la frustration entraîne une forme de radicalisation et des violences. Le pouvoir en aurait la seule responsabilité.

Recueilli par Stéphane Colineau