Le Quartier latin se souviendra aussi de mars 2006

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Quelques degrés de plus, des feuilles aux arbres, et on se croirait en plein mois d'août, au pied de la Sorbonne. Le bouclage du quadrilatère bordant la prestigieuse université depuis l'évacuation, dans la nuit du 10 au 11 mars, fait régner un calme inhabituel.

« Ou allez-vous ? Vous habitez ici ? » : Ainsi se fait-on accueillir par les forces de l'ordre aux barrages postés à chaque rue attenante. Seuls sont autorisés à pénétrer la « zone enclavée » les habitants, les commerçants ou les clients des hôtels, bars et librairies. Beaucoup de jeunes se font éconduire. « Les flics ont peur d'être infiltrés de l'intérieur », précise un habitué. Dans ce temple du savoir, même les professeurs n'ont pas droit de cité.

Attablés à une terrasse de la place de la Sorbonne, deux anciens étudiants du Quartier latin sont venus apprécier « le calme de ce no man's land» et soutiennent au passage « ces pauvres commerçants ». Ces derniers se demandent combien de temps ils devront encore tenir. Le patron du café L'Ecritoire déplore déjà une perte de chiffre d'affaires de 80 % et un cafetier d'une rue libre d'accès 40 % de baisse. Les hôtels, nombreux, évoquent des annulations de la clientèle étrangère. « Les Etats-Unis conseillent à leurs touristes d'éviter le Quartier latin », assure un employé d'hôtel. Le commissaire pronostique un déploiement policier « jusqu'aux vacances de Pâques » (le 8 avril).

De l'autre côté de ce minimur de Berlin, le boulevard Saint-Michel est toujours en effervescence. Touristes et passants marquent l'arrêt devant la palissade métallique. « Ce n'est pas digne d'une démocratie, maugrée Boudjena. Même au Chili sous Pinochet, ils n'ont jamais vu ça. On dirait Bagdad ! ».

Sa tente posée sur le bitume, Alexandre Duclos, étudiant en philosophie à la Sorbonne, en est à son 4 e jour de grève de la faim. Depuis sa chaise de camping, il développe ses revendications : « la libération de la Sorbonne » et « l'abolition de l'idéologie libérale ». « Ce soir, un prof délocalise un séminaire sur le boulevard et les étudiants seront là », se réjouit-il. « Quand on reste dans la rue, on se rend compte qu'il y a beaucoup de colère, mais aussi beaucoup de solidarité chez les gens. »

Sophie Caillat

Le maire de Paris aurait promis aux commerçants de les exempter de droits de terrasse, de voirie et d'enseignes lumineuses pour la durée du conflit.