Dernières instructions avant le décollage

©2006 20 minutes

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Pour célébrer aujourd'hui l'inauguration de sa nouvelle cité Charles-De-Gaulle à Roissy, Air France a levé le voile sur les coulisses de ses vols. Avec 33 000 m2 de bâtiments opérationnels et une vue à 180 degrés sur les pistes d'atterrissage de l'aéroport, ce bâtiment a des airs de complexe du futur. « On ne pouvait plus repousser les murs de l'ancienne cité », justifie Gilbert Rovetto, directeur des opérations aériennes. Problème d'espace donc, problème de sécurité à repenser, aussi, depuis le 11 Septembre. A deux heures du décollage, les membres de l'équipage s'activent, sans jamais se départir d'un sourire calibré au millimètre. De la salle transat au box de préparation d'un vol à destination de la République Dominicaine, en passant par le Forum, coeur du circuit du personnel, nous voilà propulsés dans l'antre d'Air France.

3 500 personnes transitent par le Forum

Quelque 400 m2 éclairés par un puits de lumière : canapés tendance, parquet chic et un va-et-vient incessant de costumes et de tailleurs noirs. Chaque jour, 3 500 personnels navigants en uniforme, se croisent au Forum. C'est l'étape obligée entre leur domicile et les avions. « Les bureaux ont triplé de volume, alors on marche trois fois plus », se plaint un commandant de bord. Deux hôtesses de l'air se séparent en riant, l'une file au salon de coiffure pour une dernière retouche, l'autre s'éclipse en « salle transat » pour une décompression furtive. Si elle tarde trop avant de badger, la réserve est appelée. Au premier étage, deux cents personnes sont en effet d'astreinte entre 5 h et 22 h 30, pour pallier l'absence éventuelle d'un des dix-huit mille membres du personnel navigant. Polar à la main ou scotchés devant une série télé, ils se tiennent prêts à décoller, aussi bien pour Nice que pour Nouméa.

Le pilote dessine l'itinéraire sur la carte

C'est seulement maintenant, à 1 h 30 du décollage, que le pilote élabore le plan de vol à destination de Punta Cana, en République Dominicaine. « Il faut compter quarante bonnes minutes de préparation », précise-t-il, la mine concentrée. Sur son bureau, il étale les photos satellites des turbulences et la liste des aéroports existants sur la route « au cas où... ». Après avoir lu à haute voix la synthèse de préparation du vol, rituel oblige, lui et son copilote tracent l'itinéraire au marqueur. « Ensuite, on analyse l'appareil. Un avion, c'est comme une voiture, chacun a ses particularités ». Quelques minutes avant de gagner le cockpit, il décide de s'enfermer dans le simulateur de vol. Histoire de réviser les manoeuvres et d'étudier l'état du terrain de l'aéroport de Punta Cana.

Quand hôtesses et stewards se découvrent

Ils ont déposé leurs bagages, pliés leurs vêtements civils et découvert le dossier de vol. Ils vont bientôt pouvoir préparer l'appareil. Reste le briefing. Assis en rang d'oignons face au chef de cabine, cinq hôtesses et stewards griffonnent sur un bloc-notes leurs attributions respectives. Pour ce vol à destination de Cuba, Hoikumi va devoir veiller sur un Japonais envoyé par son ambassade, Jérôme sur les journaux et Laetitia sur les enfants seuls. A chacun ses compétences. Côté ambiance, on se fait la bise, on se tutoie d'emblée, mais on se jauge aussi. Ils ne se connaissent pas mais, une fois dans les airs, il faudra pourtant « donner aux passagers le sentiment qu'on fait équipe depuis toujours ». Et, d'après un commandant de bord, l'alchimie fonctionne le plus souvent. Il cite pour preuve « les embouteillages au coin bisou ». « C'est là que l'équipage, de retour du ciel, se fait des adieux dignes de ce nom ». Dernière bouffée de cigarette, dernière inspection des bagages à main. L'équipage s'ébranle, l'avion n'attend pas.

Laure de Charette