«On n'aurait jamais imaginé une telle issue»

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Pendant trois semaines, le boulevard Voltaire (Paris 11e) a vécu en apnée.

Très vite informés de l'enlèvement de leur ami et collègue Ilan, les vendeurs de téléphones mobiles ont suivi quasiment au jour le jour les négociations entre la famille de la victime et ses ravisseurs.

Alors depuis lundi, depuis que le jeune homme de 23 ans a été retrouvé dans l'Essonne nu, torturé, brûlé, et qu'il a succombé à ses blessures, « le dégoût » et la « colère » ne s'atténuent pas.

« On était très inquiets, mais jamais on n'a imaginé une issue comme celle-là », dit Fred, qui travaillait avec lui et le connaît depuis l'école, à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

« C'est fou que plus de 100 policiers aient été sur le coup et qu'ils n'aient rien pu faire.

Sans eux, moi, j'aurais réuni la somme quand elle était au plus bas, et j'aurais fait l'échange.

Ils se sont trop occupés des kidnappeurs, pas assez de la victime.

» Tout comme Fred, Michel, qui travaille à quelques mètres de là, était mardi soir chez la mère de la victime, avec ses proches.

Il décrit la « tristesse profonde » et l'« amertume » : « Personne ne comprend.

» Michel a lui aussi été approché.

Le même jour qu'Ilan, et par la même jeune femme.

« Elle était passée dans ma boutique peu de temps avant.

C'était une Maghrébine, de 20-25 ans, avec un pantalon blanc transparent alors qu'il faisait -10 ºC dehors, super maquillée, bien foutue.

Le genre de filles qui font cogiter.

Mais je suis en couple et sérieux.

» Un autre vendeur de téléphone, plus près de la place de la République, a failli craquer.

Il a rappelé au dernier moment pour annuler la rencontre.

Ilan s'était, lui, rendu au rendez-vous.

Un peu plus loin sur le boulevard, une ancienne collègue le décrit comme « timide mais aimant sortir », « le prototype du beau gosse qui plaît aux filles ».

Ces derniers temps, il s'était apparemment stabilisé avec une jeune fille un peu plus jeune que lui.

Mais « il n'aura pas eu le temps de créer un projet avec elle ».

Michaël Hajdenberg