Marché du travail, diplômes, études... Quatre jeunes témoignent

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Fred, 25 ans, étudiant en master 2 d'économie à l'université Paris X-Nanterre.

« Avec un bac + 5, j'ai moins de risques d'être viré qu'un jeune sans qualification. Alors j'ai encore de l'espoir de trouver du travail, je reste optimiste. Mais je ne pense pas que le CPE soit une bonne solution. Les baby-boomers engraissent aux postes qu'ils se sont accaparés, et ils refusent de partager le gâteau. Le jeu est biaisé, mais on est bien obligé de jouer. Taper sur le système, ça ne sert à rien. Je sais que je vais devoir me battre tout le temps, mais ça ne m'effraie pas. A 30 ans, je ne me vois pas en France, mais aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne. Le marché de l'emploi y est libéral et plus ouvert. Je suis attaché à la France mais je ne peux pas dire que je suis “victime d'égalité” tous les jours. C'est un problème typiquement européen cette distinction entre les étrangers et les Européens de souche. Je suis opportuniste, je vais là où je peux réussir. Ça fonctionne comme ça dans le monde ! »

Recueilli par Laure de Charette

Adrien, 19 ans, étudiant en 1re année de sciences à l'université Paul-Sabatier à Toulouse.

« Je n'ai pas envie de vivre dans un pays de beaufs ! Autour de moi, j'ai beaucoup d'exemples de jeunes qui ont effectué cinq ans d'études et qui ont un emploi de technicien. Si aujourd'hui je suis prêt à faire des études longues, c'est bien pour exercer un métier qui m'intéresse. Contrat première embauche, pacte junior, pacte senior : que de cadeaux pour les entrepreneurs ! L'an dernier, j'ai défilé contre la loi Fillon. L'Education nationale est complètement laminée. J'ai le sentiment qu'on veut faire de nous des gens qui pensent la même chose, avec des diplômes au rabais, une véritable masse malléable. Pour moi, c'est de la “beaufisation” ! Je n'ai pas envie de vivre dans un pays où les références culturelles sont les mêmes. Après mes études, je compte partir à l'étranger dans des pays comme la Nouvelle-Zélande ou le Canada. Et je crois qu'on sera de plus en plus nombreux à vouloir quitter la France. »

Recueilli par Catherine Léhé

Naïma, 23 ans, étudiante en histoire à Lille-III.

« Il y a beaucoup de choses qui m'énervent depuis que le gouvernement est en place. Ça ne se réduit pas qu'au CPE. On devrait aller plus loin et dénoncer beaucoup de choses, notamment la réforme de la Sécurité sociale, les émeutes dans les banlieues en novembre 2005. J'ai peur pour mon avenir professionnel. A la rentrée universitaire, on nous a dit qu'il y aurait 400 postes pour le certificat d'aptitude au professorat en lycée professionnel (CAPLP) que je prépare, et il y a quinze jours, juste avant de le passer, on a appris qu'il n'y en aurait plus que 225. De toute façon, j'ai moins de chance de l'avoir que ceux qui ne travaillent pas à côté. Parce que je suis boursière, et je travaille à temps partiel comme surveillante pour subvenir à mes besoins. Ça me décourage. J'ai l'impression que je n'arrête pas de me dire que je vais finir caissière ».

Recueilli par Fanny Bertrand

Julius, 22 ans, étudiant en droit à Paris X-Nanterre et militant à la Confédération étudiante.

« La solidarité doit fonctionner. Le CPE n'est pas une réponse au chômage des jeunes. Ce qu'il faut, c'est une meilleure professionnalisation des études, les axer davantage sur l'entreprise. Personnellement, j'aurai plus de 26 ans quand je terminerai mes études d'avocat, et je travaille déjà en CDI dans l'informatique, alors je pourrais ne pas me sentir concerné. Mais la solidarité doit fonctionner, on ne peut pas rester égoïste. Notre génération n'est pas assez engagée : on a beau les motiver, les jeunes sont fatalistes. Plus tard, je veux exercer un métier qui me passionne, qui me procure le sentiment d'être utile aux autres. Je n'ai pas envie de rentrer dans un moule. Regardez le juge Burgaud, ça ne suffit pas d'être un bon élève, d'avoir des bonnes notes. Les employeurs devraient valoriser davantage les compétences, le talent, la passion. Pour eux, le CPE tombe à pic. On enchaînait les CDD, on enchaînera les CPE ! »

Recueilli par L. d. C.