Mediator: les médecins refusent d'être des «boucs émissaires»

REACTION Alors que le ministère de la Santé a annoncé samedi qu'ils pourraient être appelés à rentrer dans la procédure d'indemnisation des victimes du Mediator...

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Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France.
Une boîte de Mediator, médicament retiré de la vente en novembre 2009 et soupçonné d'avoir causé au moins 500 morts en France. — AFP PHOTO/FRED TANNEAU

Des syndicats de médecins se sont indignés dimanche après l'annonce par le gouvernement de leur éventuelle participation à l'indemnisation des victimes du Mediator, dénonçant une chasse aux «boucs émissaires» et une «mise en cause injustifiée».

«Scandaleux»

Le ministère de la Santé a annoncé samedi que les médecins pourraient être appelés à rentrer dans la procédure d'indemnisation des victimes du Mediator, si ces dernières le jugent bon ou si le laboratoire Servier, qui produisait ce médicament, le demande.

«Je trouve cela particulièrement scandaleux que l'on cherche des boucs émissaires dans cette affaire à travers les médecins prescripteurs», a réagi sur Europe 1 Claude Leicher, président de MG France, premier syndicat des généralistes.

Tromperie générale

Les «autorités d'enregistrement du produit dans les années 70» ont été trompées ainsi que «toutes les autorités chargées de surveiller ce produit entre 1970 et 2011 et y compris les médecins eux-mêmes», a ajouté M. Leicher.

«Nous avons des documents qui montrent que lorsque des médecins ont eu des doutes et ont interrogé le laboratoire, on leur a répondu que ce produit ne posait aucun problème particulier», a-t-il poursuivi.

«J'aimerais bien que l'on finisse de rechercher les responsabilités, bien entendu du fabricant, mais aussi de toutes les autorités qui ont accepté qu'on enregistre un produit qui n'était, en fait, pas du tout un anti-diabétique lorsqu'il était prescrit (...) en toute bonne foi de la part des médecins», a conclu le président de MG France.

«Accusation grotesque»

Pour le Dr Michel Chassang, président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), premier syndicat des médecins libéraux, cette «accusation directe des médecins» est «complètement grotesque» et est «une mise en cause complètement injustifiée».

«Si une institution doit être mise en cause, c'est celle qui a autorisé la vente du médicament, cela paraît logique. Le médecin arrive tout à fait en aval. Il prescrit en fonction de la panoplie qui est à sa disposition et autorisée par les autorités françaises», a-t-il assuré à l'AFP.

«Cette affaire n'a aucun sens pour nous. C'est une décharge de responsabilité, on nous refile la patate chaude», a-t-il ajouté.

Le texte créant le fonds public d'indemnisation des victimes du Mediator doit être présenté mercredi en Conseil des ministres, dans le cadre du projet de loi de finances rectificative.

Anti-diabétique largement détourné comme coupe-faim, le Mediator aurait fait en 33 ans entre 500 et 2.000 morts, avant d'être retiré du marché français en novembre 2009. Plusieurs centaines de plaintes ont été déposées à ce jour.