Boire ou conduire, faudra-t-il encore choisir ?

©2006 20 minutes

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Des producteurs de boissons alcoolisées, regroupés au sein de l'association Entreprise et Prévention, se sont inquiétés mardi des conséquences de l'arrivée en France de nouveaux produits réduisant le taux d'alcoolémie.
Des producteurs de boissons alcoolisées, regroupés au sein de l'association Entreprise et Prévention, se sont inquiétés mardi des conséquences de l'arrivée en France de nouveaux produits réduisant le taux d'alcoolémie. — Pierre Verdy AFP

Security Feel Better, ou la mort annoncée de la gueule de bois. La boisson magique, qui aurait le pouvoir de faire chuter trois à six fois plus vite le taux d'alcool dans le sang, provoque une levée de boucliers. Avant-hier, la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes a lancé une enquête afin de vérifier la composition du produit et la publicité qui l'entoure. Et certaines des grandes surfaces qui le vendent depuis septembre, comme Auchan et Système U, « mènent actuellement une réflexion sur le bien-fondé d'un tel produit dans [leurs] rayons ».

Supercherie ou invention miracle ? Les journalistes de 20 Minutes ont testé en laboratoire l'efficacité de l'élixir (résultats ci-dessous). La mignonnette de 3 cl est censée dégriser le buveur en l'espace de quarante-cinq minutes. Elaboré à partir d'extraits d'origine végétale, notamment de l'artichaut connu des alcoologues pour ses vertus antioxydantes, le produit agirait directement sur le foie pour qu'il libère les enzymes qui augmentent les effets de l'alcool.

La boisson, embouteillée à Cognac (Charente), est commercialisée par PPN SA, une PME normande spécialisée dans les produits informatiques, et dirigée par un ancien d'IBM. « J'ai découvert en 1995 la formule magique mise au point après six ans de recherche par deux frères bretons, dont l'un est chercheur en pharmacie », raconte Patrick Nicaise, le PDG. En 1998, il leur achète la formule. Et un an plus tard, alors que le produit commence à faire des adeptes, le Conseil supérieur d'hygiène publique émet un avis « très défavorable » et « recommande l'interdiction de sa commercialisation ».

Pourtant, plusieurs cavistes et discothèques continuent à le vendre. Et en septembre 2005, les grandes surfaces (Leclerc, Auchan, Intermarché) l'introduisent dans leurs gondoles. « On devrait vendre cette année un million de bouteilles, dont 75 % à l'étranger, de la Corée du Sud au Moyen-Orient. Le chiffre d'affaires a doublé ces six derniers mois », se réjouit Patrick Nicaise. Mais la répression des fraudes veille, et risque de rattraper ce Panoramix des temps modernes.

Laure de Charette