Un pont entre les civilisations

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Sur un chantier, quand il y a beaucoup de monde, c'est bon signe. Cela veut dire que ça touche à sa fin. » A quatre mois de l'inauguration du musée des Arts premiers rebaptisé « musée du quai Branly » (Paris, 7e), Patrice Januel, directeur de la maîtrise d'ouvrage, parcourt avec calme et confiance le chantier qu'il dirige depuis cinq ans. Dans cette phase finale, 600 ouvriers chapeautés par 25 architectes s'activent. Vu de l'extérieur, le futur musée ressemble à un pont, long de 220 m, soutenu par une vingtaine de piliers, au-dessus d'un jardin en devenir.

La visite du chantier commence par la vertigineuse terrasse. « Il n'y a pas de balustrades, mais les bassins qui l'entourent empêcheront les gens de tomber », poursuit l'architecte. On pénètre dans le musée proprement dit par le restaurant panoramique, recouvert d'une structure en « aile de libellule ». La nef principale du bâtiment accueillera la semaine prochaine 4 000 pièces d'Asie, d'Océanie, d'Afrique et des Amériques, issues notamment des collections du musée de l'Homme et de musée national des arts d'Afrique et d'Océanie.

L'immense espace vide est traversé par une longue rampe d'accès en spirale. « Le bâtiment est assez complexe dans sa volumétrie », explique Patrice Januel. Dehors, sur la façade sud, des ouvriers acrobates installent des brise-lumière. Côté nord, une vitre teintée au motif végétal a déjà été posée. « Il faut couper 99 % de la lumière naturelle, sinon les oeuvres pourraient être endommagées. » Pourtant, les visiteurs n'évolueront pas dans la pénombre. D'autres ouvriers montent des spots lumineux sur un grillage technique inspiré des installations de scènes de théâtre. « L'architecture est une science concrète : construire des murs, ouvrir des fenêtres, explique Patrice Januel. Jean Nouvel, architecte en chef, a même prévu comment la tour Eiffel se réfléchira dans les bassins de la terrasse. »

La visite s'achève par la tour de verre de 24 m de haut qui accueillera 9 000 instruments de musique. Un ingénieur y règle un dispositif sonore : le visiteur pourra, en s'approchant de la paroi de verre, entendre un murmure musical. Un avant-goût du futur esprit des lieux.

Benjamin Chapon

Dans le sous-sol du musée, 300 000 oeuvres seront stockées dans des réserves à la température et au taux d'humidité précisément contrôlées. En cas de crue exceptionnelle, les larges allées permettront une évacuation en 24 h. Dans son projet initial, Jean Nouvel voulait que le public puisse visiter les réserves. Mais seuls quelques chercheurs y auront accès.