Interpellations de femmes en niqab au premier jour de la loi contre le voile intégral

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L'entrée en vigueur de la loi interdisant le port du voile intégral a été marquée lundi par le coup d'éclat de deux femmes en niqab et de sympathisants interpellés devant Notre-Dame pour y avoir manifesté sans autorisation.

Deux femmes en niqab et une femmes voilée (dont le visage n'était pas caché) ont été interpellées lundi devant la cathédrale de Paris devant plusieurs dizaines de journalistes, pour avoir participé à une manifestation non déclarée rassemblant une dizaine de personnes contre la nouvelle loi interdisant le port du voile intégral.

Parmi elles, se trouvait Kenza Drider, 32 ans, en niqab brun et beige, arrivée d'Avignon lundi matin par le train, pour participer à une émission de télévision. Elle a expliqué devant la presse, en gare d'Avignon puis en gare de Paris, que la loi était "une atteinte à (ses) droits européens", et qu'elle appliquait ses "droits en tant que citoyenne française", se défendant de toute "provocation".

Mme Drider a précisé que si elle était "verbalisée, la loi s'appliquera, je prendrai l'amende". Mais "en tant que citoyenne française(...) mais je serai dans l'obligation de faire un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme".

Selon la police, l'interpellation, intervenue vers 11H30, n'est pas liée à son niqab. "Aujourd'hui il ne s'agissait pas d'interpeller ces gens sur la base du port du voile. C'est bien le non respect de la déclaration de manifestation", qui est en cause, a expliqué devant la presse Alexis Marsan, commissaire divisionnaire à l'ordre public.

Un responsable de l'appel au rassemblement a été interpellé en même temps que les trois femmes.

L'organisateur du rassemblement, Rachid Nekkaz, de l'association Touche pas à ma constitution, a de son côté affirmé au téléphone à l'AFP avoir été "interpellé en compagnie d'une amie en niqab" devant le palais de l'Elysée, vers 10H00, avant la manifestation de Notre-Dame.

"Nous voulions nous faire verbaliser pour port du niqab, mais la police n'a pas voulu nous dresser un PV", a-t-il dit.

Depuis lundi, le port du niqab ou de la burqa n'est plus autorisé dans la rue, les jardins publics, mais également dans les gares, les commerces ou les mairies, en vertu de la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage.

En France, il y aurait environ 2.000 femmes intégralement voilées, selon diverses estimations.

Certains musulmans sont opposés à cette loi. Samedi, 61 personnes ont été interpellées, dont 19 femmes voilées, après avoir tenté de prendre part à un rassemblement à Paris, à l'appel d'un collectif d'associations islamistes.

La loi sera "infiniment difficile à appliquer" et "infiniment peu appliquée", a dénoncé Manuel Roux, secrétaire général adjoint du Syndicat des commissaires de police. "Très clairement, ce n'est pas aux policiers d'aller faire du zèle", a-t-il déclaré sur France Inter. Lorsque les policiers croiseront une femme voilée, "on va faire de la pédagogie (...) on va essayer de la convaincre", a-t-il expliqué.

Le 31 mars, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant, a adressé ses instructions aux préfets et des consignes ont été données aux forces de sécurité, pour éviter tout dérapage.

"Dans le cas où une personne refuse de se prêter à un contrôle (...), les conséquences de ce refus devront lui être exposées et notamment la possibilité, si elle persiste, de la conduire dans des locaux de police ou de gendarmerie pour y procéder à une vérification d'identité", précise la circulaire.

"La simple intervention de police par endroit suffit à semer du trouble", remarque Manuel Roux. "Je n'ose même pas imaginer quand on va s'intéresser à une femme voilée (...) dans un milieu sensible", a ajouté le policier.

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